La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Bulbus

Bulbus - Critique sortie Théâtre
Crédit : Elizabeth Carecchio Légende : « Les amants morts-vivants au milieu du monde. »

Publié le 10 février 2011 - N° 185

Avec ses visions et ses rêves – contre la médiocrité et l’angoisse de la consommation -, Bulbus d’Anja Hilling se déploie poétiquement sous l’œil de Daniel Jeanneteau.

Dans l’ombre environnante, apparaît sur le plateau un cercle éblouissant de blancheur – de la glace – avec en son centre, un puits naturel d’eau profonde pour la pêche sur la Baltique. Sur cette rondeur polaire que troue la pupille sombre de la macula de l’oeil, une jeune femme gît mystérieuse, Amalthéa (Ève-Chems de Brouwer), élégante dans son étole rouge. Morte ou bien vivante ? Manuel (Julien Polet), un jeune d’aujourd’hui, enserre tendrement la belle endormie et lui conte les histoires d’un village qui porte le nom latin du globe oculaire, Bulbus : « Tu ne me crois pas. Aucune importance. Elles sont bonnes les histoires …Je t’aime… » Comme dans un conte enfantin, le couple se tient à la fois sur la surface du monde –le village avec sa piste de curling, le jeu de glace en vogue dans les contrées nordiques – et à l’intérieur de la banquise qui isole les jeunes gens de la vie réelle. Séparés précocement de leurs parents, ces témoins d’une existence douloureuse souffrent de l’absence d’héritage affectif, moral et spirituel. Originaires de la ville et de sa violence – terrorisme des seventies et sentiment de vacuité dû à la consommation de masse – , ils sont des protagonistes de légendes qui contemplent la vie quotidienne depuis les hauteurs de la montagne avec l’autocar, l’épicerie, la pension, sans oublier l’agente de police (Marlène Saldana).
 
Dans le combat entre raison et imaginaire, la connotation surréaliste
 
 Les jeunes gens voient et jugent lucidement, leur œil figurant la rectitude morale et le regard de la conscience qui accepte l’aspect décevant du monde et de l’autre. En fait, l’intrigue clairvoyante de Manuel suit le cours d’une traque policière qui cerne les « coupables », responsables de l’infortune des deux amants. La commerçante (Dominique Frot) ressemble à la mère d’Amalthéa, et le patron de la pension (Johan Leysen), à l’ex- terroriste pour lequel les parents repentis de Manuel se sont suicidés afin de ne pas le dénoncer. L’employé (Serge Maggiani) semble être ce chauffeur de bus grec agressé par des malfrats. Dans le combat entre raison et imaginaire, la connotation surréaliste de la pièce d’Anja Hilling est magnifiquement transcrite par la mise en scène soignée de Daniel Jeanneteau. La blancheur, l’ombre, les lumières (Marie-Christine Soma), un camaïeu de couleurs vives, travaillent à l’expression libre de la vie. Un couple de patineurs sur glace apporte sa note d’humour. Ce théâtre d’exploration de la fiction donne accès à d’autres possibles, au-delà du réel sensible. Le projet poétique et politique dit tout : l’intériorité de l’être et l’expression alternative du monde qui puisse le métamorphoser.
 
Véronique Hotte


Bulbus, de Anja Hilling, traduction Henri Christophe ; mise en scène de Daniel Jeanneteau. Du 19 janvier au 12 février 2011, du mercredi au samedi 20h30, mardi 19h30, dimanche 15h30. La Colline Théâtre national 15, rue Malte-Brun 75020 Paris. Réservations : 01 44 62 52 52. Texte publié chez Théâtrales CulturesFrance. Durée du spectacle : 1h45

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