La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Bruno Abraham-Kremer

Bruno Abraham-Kremer - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Pascal Gely

Publié le 10 novembre 2011 - N° 192

Essayeur d’humanité

Bruno Abraham-Kremer adapte, met en scène et interprète La Promesse de l’aube, de Romain Gary, pour partager avec le public l’expérience magnifique de cet essayeur d’humanité.

Pourquoi Gary ? Pourquoi ce livre ?
Bruno Abraham-Kremer : Gary dit qu’il essaie d’écrire « à hauteur d’homme » : voilà peut-être ce qui le caractérise au mieux… J’ai une passion pour le bonhomme autant que pour l’auteur. Il fait partie de ceux que j’appelle mes frères d’armes, de ceux qui m’aident à vivre. Il y a, chez lui, un aspect qui me touche beaucoup : c’est son goût immodéré pour la liberté. Gary est un esprit libre, absolument rétif au politiquement correct. Quant à ce roman, on y trouve, dans sa structure même, des scènes de théâtre, et ce mélange que j’aime particulièrement entre le récit et l’écriture dramatique. Il y a, dans La Promesse de l’aube, de l’humour et de l’émotion, du grave et du léger, du premier et du second degré. C’est un livre qui touche chacun à un endroit particulier. Je le vois bien quand je le joue : dans la salle, les spectateurs ne rient pas ensemble, chacun semble être touché individuellement. Et puis, il y a aussi l’itinéraire de Gary : son chemin de Wilno à Paris fait partie de moi, parce que ma famille a suivi le même. On nous bassine aujourd’hui avec l’immigration et l’intégration. Or ce livre raconte l’histoire d’une intégration parfaite. J’ai été élevé, comme lui, avec ce même amour inconditionnel de la France, un amour tellement confiant qu’il a bien failli nous perdre ! Je crois que personne, mieux qu’un étranger, ne sait le prix et la valeur d’être français.
 
 « Personne, mieux qu’un étranger, ne sait le prix et la valeur d’être français. »
 
Pourquoi avoir choisi de l’adapter à la scène ? Comment l’avez-vous adapté ?
B. A.-K. : Gary se définit lui-même comme un raconteur d’histoires. On s’aperçoit, à la lecture, que sa langue, très élégante, est aussi très orale, et donc très théâtrale. Il n’y a pas un mot du spectacle qui ne soit celui du livre. J’ai tenu à respecter la chronologie du roman et à jouer tous les personnages, en faisant le choix d’être seul sur scène. Mais cette solitude est habitée ! Je suis seul, car cette histoire est celle d’un écrivain, du « C’est fini. » initial, seul sur la plage de Big Sur, au « J’ai vécu. » final. Mais en même temps, cette solitude est accompagnée par tous les autres personnages, et surtout celui de la mère. Il est comme « dibbouké » par sa mère, qui vient le visiter et l’encourager une fois de plus ; il est à la fois habité par son incroyable énergie, et embêté par elle, qui est tout amour et en même temps d’une exigence féroce. L’histoire de La Promesse de l’aube, c’est celle de ce combat d’un petit garçon pour devenir l’homme exceptionnel que sa mère avait décidé qu’il serait. Mais cette histoire renvoie aussi chacun à ce que c’est que rêver sa vie et être acteur de sa vie. La Promesse de l’aube, à cet égard, n’est pas vraiment une autobiographie mais un livre qui se situe dans la frange entre autobiographie et fiction. De son propre aveu, Gary avait besoin de mythifier le réel pour le rendre supportable.
 
Comment interprétez-vous Gary ?
B. A.-K. : Je lui prête ce que j’ai de commun avec lui, c’est-à-dire un amour profond des êtres humains, quelles que soient leur grandeur ou leur nullité…
 
Catherine Robert


 
La Promesse de l’aube, d’après le texte de Romain Gary ; adaptation et mise en scène de Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco. Du 4 au 27 novembre 2011. Mardi et jeudi à 19h30 ; mercredi, vendredi et samedi à 20h30 ; dimanche à 16h. Théâtre de la Commune, 2, rue Edouard-Poisson, 93300 Aubervilliers. Réservations au 01 48 33 16 16. Renseignements sur www.theatredelinvisible.com

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