La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Britannicus

Britannicus - Critique sortie Théâtre
©Aurélien Godon Néron (Jean-Christophe Laurier), empereur en devenir prisonnier de ses sentiments.

Publié le 10 avril 2009

Jean-Louis Martin-Barbaz met en scène avec maestria l’expérience initiatique et tragique du pouvoir par le jeune Néron. Une belle partition d’acteurs, fluide et naturelle.

Britannicus, fils de l’Empereur Claude et de Messaline, héritier d’un trône usurpé, dont le meurtre par Néron consacre ce dernier Empereur de Rome et tyran mémorable (sa réputation est telle que son nom symbolise la folie meurtrière dans l’imaginaire collectif !). Néron, fils d’Agrippine, épouse de Claude en secondes noces, qui a adopté l’enfant devenu adolescent. Néron règne très jeune grâce à la persévérance assidue de sa mère. C’est avec une maestria remarquablement cohérente et précise que Jean-Louis Martin-Barbaz dépeint l’apprentissage du pouvoir par le jeune Néron, empereur encore en devenir, hésitant, fougueux et influençable, au centre d’un réseau de pressions contradictoires, passant de la domination maternelle à la passion amoureuse, de l’adhésion à une idée à son rejet, avant de basculer définitivement du côté du meurtre. C’est un “monstre naissant“ (selon Racine) pourtant fragile, sous influence, manquant de hauteur de vue et d’indépendance. La scénographie – des pans de grilles coulissantes avec miroir – brouille et démultiplie le monde, souligne les menaces, les illusions et dissimulations d’un monde mouvant et trompeur. Au centre un lit, refuge intime des douleurs et des passions, succédané de trône pour apprenti empereur qui parfois s’égare, lieu de bataille même entre les jeunes Néron et Britannicus.

Néron, “le fruit de tant de soins“, échappe à sa mère

La mise en scène fluide et limpide donne aux égarements de ces jeunes âmes un naturel épatant et met en lumière de subtils contrastes au fil d’un jeu d’acteurs très juste qui donne à la superbe langue racinienne une beauté signifiante. L’alexandrin ici exprime sans apprêt toute la puissance et le trouble des sentiments humains au cœur d’un imbroglio politique autant qu’amoureux. Car Néron enlève Junie, la fiancée de Britannicus, et sa flamme se déclare. Une passion soudaine réprouvée par la redoutable Agrippine, mère possessive et femme de pouvoir déterminée, qui voit là “le fruit de tant de soins“ lui échapper. « Que veut-il ? Est-ce haine, est-ce amour qui l’inspire ? » se demande-t-elle. Dès que l’amour s’en mêle, le jeu du pouvoir n’en devient que plus complexe et insaisissable. Racine est un maître en la matière. Dans ses autres pièces aussi, l’amour nourrit et complique les relations de pouvoir. La violence des sentiments et la passion du pouvoir emportent très loin les personnages. Des thèmes tragiques évidemment intemporels. Saluons les acteurs, Yveline Hamon formidable Agrippine, à la fois redoutable et humaine, Jean-Christophe Laurier en Néron impétueux et irrésolu, Antoine Rosenfeld en Britannicus amoureux candide, Patrick Simon en vertueux et émouvant Burrhus, Hervé Van der Meulen, traître lisse et autoritaire, Vanessa Krycève en Junie, plus lucide que son naïf amoureux. Une très belle pièce, que ce soir-là certains lycéens un peu bruyants n’ont pas apprécié à sa juste mesure.

Agnès Santi 


Britannicus de Jean Racine, mise en scène Jean-louis Martin-Barbaz, du 17 mars au 2 mai du mardi au samedi à 20h30 sauf jeudi à 19h, matinée samedi à 16h, au Théâtre 14, 20 av Marc Sangnier, 75014 Paris. Tél : 01 45 45 49 77.

A propos de l'événement



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