La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Bérénice/fragments d’après Racine par Laurence Février

Bérénice/fragments d’après Racine par Laurence Février - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de l'Epée de bois

d’après Racine / mes Laurence Février

Publié le 24 janvier 2019 - N° 273

Laurence Février monte Bérénice à l’os, avec une distribution resserrée et entièrement féminine.

C’est au cours d’une exposition d’Yves Saint Laurent rassemblant des kimonos rapportés d’Orient que Laurence Février a trouvé le déclic pour monter Bérénice. En découvrant que le kabuki, cette forme épique du théâtre japonais traditionnel, était né de la volonté d’une femme de ne jouer qu’avec des femmes, elle a eu l’idée de confier les rôles de Bérénice à des actrices uniquement. La justification dramaturgique se tient : dans toutes les pièces de Racine, constate Laurence Février, « les rapports entre les personnages ne sont pas fondés sur la sexualité mais sur les rapports d’aliénation que génère la passion ». Elles sont donc ici au nombre de trois : Laurence Février incarne Bérénice, Véronique Gallet Antiochus et Catherine Le Hénan Titus. Au début de la représentation, chacune revêt à tour de rôle un lourd manteau rouge aux inspirations orientales, aidée par une autre comédienne qui enroule autour de ses bras des bandelettes noires rappelant les lanières des phylactères. Pourquoi ce syncrétisme réunissant Orient et judaïsme ? Sans doute pour annoncer que les trois comédiennes qui endossent leurs rôles en même temps que leur costume sont les officiantes d’une cérémonie. Une cérémonie au cours de laquelle il s’agira de faire advenir le texte de Racine.

Une cérémonie épurée

Pour cela, nul besoin de plus. Le plateau reste entièrement nu jusqu’à la fin, sobrement habillé par les subtiles lumières de Jean-Yves Courcoux. La bande-son, réduite à l’extrême, fait entendre par moment le rythme de la mer, comme un appel vers le large ou un rappel de la source du théâtre : le bassin méditerranéen. Même les confidents ont déserté le plateau. D’Arsace, Phénice et Paulin, on ne perçoit que les voix enregistrées, comme la conscience lointaine des personnages principaux, avec leurs interrogations et leurs contradictions. Dans ce dépouillement, tout à fait justifié d’un point de vue dramaturgique – Racine lui-même ne demandait qu’une chaise dans Phèdre –, toute la place est laissée au texte. Il est malheureusement desservi par une distribution inégale. Si les alexandrins sont assez bien modulés par Véronique Gallet et Laurence Février, on ne comprend pas pourquoi Catherine Le Hénan passe en force toutes ses répliques de Titus. Est-ce l’image qu’elle se fait d’un empereur ou le trac de la première ? Son rôle méritait plus de finesse et de variations. C’est d’autant plus regrettable que cette disharmonie finit par évacuer toute émotion. Le comble pour une pièce sur la passion.

Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Bérénice/fragments d’après Racine par Laurence Février
du Lundi 14 janvier 2019 au Mercredi 27 février 2019
Théâtre de l'Epée de bois
Route du champ de manœuvre, 75012 Paris

Les mardis, mercredis et jeudis à 20h30. Tél. : 01 48 08 39 74.


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