Théâtre - Critique

Après Pasolini : politique-visions

Acrobatique, spectaculaire : le Cirque national de Chine donne sa version du ballet créé à Saint-Pétersbourg en 1892.

Adel Hakim ranime la présence de Pasolini et des poètes dans l’univers
d’aujourd’hui et souffle sur les braises du sens pour lutter contre la
déréliction politique.

C’est finalement peut-être une chance que les ayants droit de Pasolini aient
refusé à Adel Hakim d’utiliser ses textes. En effet, cette interdiction force le
dramaturge et metteur en scène à afficher ses convictions sans masque et à
interroger la place de l’artiste dans la société contemporaine avec une vigueur
et un aplomb que les tiédeurs idéologiques actuelles trouveront sans doute
effrontés ou naïfs mais qui soufflent comme un grand vent colérique et joyeux
sur notre vallée de larmes. Adel Hakim crée un poète fictionnel, Pier Angel
Socrates, qui emprunte à Lorca, à Genet, à Darwich, à ce vieux taon récalcitrant
de Socrate accroché au flanc de sa cité, à Sénèque contraint de finir dans un
bain de sang, et rappelle les mains coupées de Victor Jara, Lounès Matoub
assassiné, Machado mort à Collioure, l’exil et le bâillon imposés à tous ceux
qui avaient la liberté pour fanal et les mots comme armes.

L’audace d’une parole radicale

Adel Hakim pérégrine en chantre politique parmi les désastres planétaires,
soulignant au passage que Marx n?est dépassé qu’aux yeux de ceux qui le
craignent, faisant le compte des charniers et dénonçant l’indécence et le
cynisme occidentaux. Utilisant la trame d’une recherche documentaire qui oscille
entre rêve et introspection, Adel Hakim invente le personnage de Chad, jeune
cinéaste qui rencontre le fantôme du défunt Pier Angel Socrates auquel Malik
Faraoun offre une belle intensité et une authentique épaisseur dramatique. Chad
Chenouga et Louise Lemoine-Torres incarnent les interlocuteurs du poète, jeunes
gens perdus dans le cloaque de ce monde ou résurrections théâtrales et divines
des antiques alarmes. L’utilisation d’images filmées donne une profondeur
narrative, métaphorique et historique au propos, ouvrant le champ de la
réflexion et de la dénonciation sur ses objets comme sur sa consolation. Entre
testament des combats et des rêves passés pour un présent oublieux et désabusé
et pamphlet salutaire adressé aux démocrates béatement confiants, ce spectacle
rappelle et prouve que les vrais débats, les vrais enjeux et les vrais combats
sont affaire d’engagement.

Catherine Robert

Après Pasolini : politique-visions, texte et mise en scène d’Adel Hakim.
Du 26 février au 24 mars 2007. Du lundi au samedi à 20h ; relâche le dimanche.
Studio Casanova, 69, avenue Danielle-Casanova, 94200 Ivry. Réservations au 01 43
90 11 11.

A propos de l'événement



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