La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Elle

Retour de la musicienne en quête d’un autre Brésil.

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

L’esquisse sulfureuse de la pièce posthume de Genet, portée à la scène par
Olivier Balazuc et Damien Bigourdan. Un surf du côté du comique et de la farce
dérisoire plutôt que du grand cérémonial.

C’est à l’automne 1955, entre Stockholm et Paris et entre Le Balcon et
Les Nègres que Jean Genet écrivit d’une seule traite Elle, une
pochade satirique sur la représentation papale en voie de dé-glorification, le
sarcasme d’un acte seul qu’il ne prit plus guère le temps de retravailler.
L’auteur ne voulut voir sa pièce éditée qu’à sa mort, et c’est à la toute fin
des années 80 que Elle fut créée dans toute sa gloire par Bruno Bayen
avec Maria Casarès dans le rôle-titre. Olivier Balazuc et Damien Bigourdan
reprennent à leur compte cette joute scénique ludique, en accentuant la veine
provocatrice de l’?uvre, un rien irrespectueuse et irréligieuse. « Je montre
mon cul
 », dit crûment Sa Sainteté, moulée dans une aube moirée, juchée sur
des patins à roulettes qu’incarne facétieusement le plutôt grand et musclé Bruno
Blairet, incisif et moqueur. C’est que ce chef spirituel réfléchit, il ne
supporte plus de voir s’évanouir sa propre densité intérieure à mesure que
grandit la posture symbolique exigée par sa mission. L’abus des images et des
représentations tue la personne en l’irréalisant, on sait de quoi il est
question en ces temps préélectoraux : « Ce n?est pas ma personne qui
m’a valu tant d’hommages, mais ces hommages ont tout à coup sacralisé ma
personne
. »

On s’amuse de cette équipée théâtrale, un brin bouffonne.

Le pape n?est plus qu’une figure truquée qui danse un rôle. Formule
mathématique du théâtre dans le théâtre dans lequel la profusion des splendeurs
équivaut au néant le plus absolu. Être sur un trône et contester l’apparat du
pouvoir. Un paradoxe. La vision du pape est bousculée dans ce traitement
dérisoire de la magnificence, une dénonciation de la vanité des apparences
sociales. On s’amuse de cette équipée théâtrale, un brin bouffonne. L’huissier
est omniscient sur les secrets papaux : c’est Olivier Balazuc, sorte de clown
blanc mélancolique, un peu trop amuseur distancié, la mine grimée et déconfite.
Il est là pour accueillir devant l’immense porte des appartements privés, le
photographe – rôle tenu avec émotion et émerveillement par Damien Bigourdan -,
humble sujet impressionné par Sa Sainteté, venu pour immortaliser la figure
emblématique de la chrétienté. Loufoques sont les apparitions du Cardinal –
Thibault Lacroix -, pêcheur amateur à ses heures, sorte de tante écervelée, un
poisson à la main, calotte rouge et robe largement fendue sur le côté. Une
franche pochade affichée comme telle, réduisant le théâtre à une panoplie
joyeuse de déguisements.

Véronique Hotte

Elle de Jean Genet, mise en scène d’Olivier Balazuc et Damien Bigourdan,
lundi, mardi, vendredi, samedi à 21h, jeudi à 19h30, dimanche 17H30, relâche
mercredi au Théâtre de la Cité Internationale 17 bd Jourdan 75014 Paris Tél : 01
43 13 50 50

A propos de l'événement



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