Toujours Temps d’Aimer la danse avec la 36ᵉ édition du festival
À Biarritz, la 36ᵉ édition du Temps d’Aimer [...]
Danse contemporaine - Critique
Un Chaillot Expérience Iconiques qui ouvre par une pièce qui l’est tout autant ! Depuis 1983, ce spectacle a été interprété près de 500 fois, par 28 danseurs et danseuses de cinq générations différentes. Pour cette reprise, une toute nouvelle distribution s’en empare.
Pièce fondatrice d’Anne Teresa De Keersmaeker – elle donnera même son nom à la compagnie – Rosas danst Rosas, avec son titre qui impose déjà la structure de la pièce et n’est pas sans rappeler le poème répétitif et tautologique de Gertrude Stein, contient déjà toute l’œuvre à venir, prête à exploser. Mais aussi toute la décennie suivante de la danse contemporaine qui multipliera danses des chaises, efforts apparents, utilisation de la boîte à rythme (parfois à outrance) et cheveux balancés dans le vent. Charpentée chorégraphiquement et rythmiquement sur la musique de Thierry de Mey et Peter Vermeersch autour des trois positions de base qu’adopte tout être humain (couché, assis, debout), utilisant des gestes quotidiens, la pièce sous une apparente simplicité est d’une écriture complexe. La chorégraphe utilise ce cadre rigide pour rendre le mouvement flexible, se sert de contraintes structurelles pour révéler le bouleversement des corps. Loin de tout affect, elle enchaîne variations d’intensité, inflexions, tensions et affaissements, sur une cadence toujours au bord de la rupture, dont la précision d’exécution provoque le vertige. Montée sur un tempo rigoureux, avec un accelerando sauvage qui se garde bien de tout paroxysme, l’écriture, méticuleusement comptée, laisse chaque temps prendre sa juste valeur jusqu’à s’alentir et s’éteindre dans le silence.
Formelle et émotionnelle
Dans Rosas danst Rosas, l’abstraction se fissure sans cesse : aux motifs répétitifs répondent des gestes quotidiens — lisser une blouse, remettre ses cheveux, reprendre souffle. Les quatre femmes opiniâtres, concentrées, avec leurs balancements de bras, leurs pas mesurés, leurs retournements brusques, leurs suspens, leurs élans qui vrillent en spirale, sont les interprètes d’une chorégraphie implacable. Cette nouvelle distribution qui présente, sans doute volontairement, des similitudes avec l’originale, excelle toujours autant, est tout aussi virtuose. Contenues, la colère, la violence, la sexualité, semblent travailler leurs corps à leur insu, avec la liberté comme point de fuite. Mais contrairement à des reprises précédentes, où les interprètes gardaient un visage plutôt impassible, les gestes de séduction parfois volontairement maladroits, avec quelques minauderies, des danseuses, tout comme la manifestation d’une féminité décomplexée y est plus affirmée. Signe des temps ? En laissant affleurer la fatigue, mais aussi une sensualité trouble, Anne Teresa De Keersmaeker ramène la danse à son corps réel, loin de toute illusion formelle, mais proche de sa force émotionnelle.
Agnès Izrine
Jeu 10, ven.11, mar.15, mer.16, jeu. 17 à 19h30, sam. 12 à 17h. Durée : 1h45. Tél. : 01 53 65 30 00.
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