La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Antigone 82, Jean-Paul Wenzel a adapté avec Arlette Namiand Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon

Antigone 82, Jean-Paul Wenzel a adapté avec Arlette Namiand Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de l'Epée de bois

Epée de bois / d’après Sorj Chalandon / mes Jean-Paul Wenzel
Entretien / Jean-Paul Wenzel

Jean-Paul Wenzel a adapté avec Arlette Namiand Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon, prix Goncourt des lycéens 2013. L’histoire d’un homme, Georges, qui promet à son ami Samuel Akounis de réaliser son idée folle de monter l’Antigone d’Anouilh dans Beyrouth en guerre, avec une troupe représentant tous les ennemis en présence. L’occasion de parler – entre autres – des utopies au théâtre.

Comment avez-vous découvert Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon ?

Jean-Paul Wenzel : J’aimais beaucoup Sorj Chalandon quand il était correspondant de guerre pour Libé. C’était une des plumes du journal, il écrivait des articles incroyables qu’on avait envie de lire. J’avais vu aussi des spectacles à partir de ses deux magnifiques romans sur l’Irlande du Nord, et puis des copains à moi avaient fait un travail sur la vie de Johnny Hallyday. Sorj Chalandon en avait écrit le texte et on m’avait demandé de le lire.

Qu’est-ce qui a déclenché l’envie d’adapter le roman au théâtre ?

J.-P. W. : Ce roman a été un choc pour moi. Il parle bien sûr de théâtre, mais le plus important réside à mes yeux dans la complexité des personnages, leur humanité, cette aventure théâtrale impossible, inimaginable. Sorj Chalandon raconte tout cela avec une dynamique, une vivacité et une écriture qui appellent le théâtre. J’ai réuni une équipe d’acteurs venant d’horizons très divers, comme le fait le personnage de Georges dans le roman. J’ai engagé ceux qui étaient présents dans Tout un homme comme Hammou Graïa et Fadila Belkebla, d’anciens de mes élèves au Conservatoire comme Pauline Belle ou Nathan Gabily…. Au fond c’est tout simple : j’ai rassemblé une équipe de personnes pour faire le théâtre que j’aime : un théâtre-récit qui s’invente sur place. C’est pour cela que j’ai choisi un dispositif trifrontal, qui fait tomber le quatrième mur tout de suite.

« Le théâtre ne vise pas à créer une utopie de vivre ensemble, mais à créer des chocs qui peuvent amener une réflexion. »

Quelle corde ce roman fait-il le plus résonner en vous ? Vous disiez que ce n’était pas seulement le théâtre ?

J.-P. W. : Ce qui m’a touché, c’est comment cet homme, Georges, se laisse petit à petit prendre par la guerre. Au départ, il suit le désir fou de son copain, Samuel Akounis, qui meurt avant d’avoir pu le réaliser. Il part à Beyrouth et à chaque fois qu’il revient à Paris, il ne peut pas vivre la paix. Tout à coup, cette folie humaine, ces moments extrêmes, la présence permanente de la mort créent une impossibilité de vivre en paix. Cette contradiction incroyable, qui est que la guerre est plus forte que la paix, est pour moi le centre le plus important du roman. Parce que je suis un enfant de la guerre, de cette génération née juste après. J’ai beaucoup parlé de cela dans mes spectacles.

Justement, ce n’est pas votre premier récit-spectacle. Qu’est-ce que vous aimez dans cette forme ?

J.-P. W. : C’est un théâtre un peu brookien – j’ai travaillé avec Peter Brook en 1974 à l’ouverture des Bouffes du nord. Ce souci de popularité au théâtre me touche beaucoup. J’en ai fait ma vie. J’ai dirigé les Fédérés pendant trente ans avec Olivier Perrier, à Montluçon, cette petite ville ouvrière où nous proposions du théâtre contemporain avec une ouverture de sujets qui n’empêchait pas l’exigence de la recherche. Le théâtre est encore un lieu où on peut rassembler des gens, pour les diviser peut-être. Il ne vise pas à créer une utopie de vivre ensemble, mais à créer des chocs qui peuvent amener une réflexion. Je trouve que le théâtre est encore un lieu où on peut parler de la complexité humaine.

Entretien réalisé par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Antigone 82, Jean-Paul Wenzel a adapté avec Arlette Namiand Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon
du Jeudi 10 janvier 2019 au Dimanche 3 février 2019
Théâtre de l'Epée de bois
La Cartoucherie, Route du champ de manœuvre, 75012 Paris

Du jeudi au samedi à 20h30, samedi et dimanche à 16h. Tél. : 01 48 08 39 74. Durée : 1h50.


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le Théâtre

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Théâtre