La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Antigone

Antigone - Critique sortie Théâtre
Crédit photo Lot. Légende photo : René Loyon fait d’Antigone le drame de Créon.

Publié le 10 février 2008

Modernisant l’antique conflit des lois de la terre et du ciel, René Loyon met en scène une Antigone dont l’intensité dramatique a tendance à s’édulcorer à force de retenue.

René Loyon a choisi la nouvelle traduction de Florence Dupont, dont il affirme qu’elle a su « dégager le texte de Sophocle de la pompe poétisante qui l’encombre trop souvent ». Force est de constater que le parti est pris du prosaïque et « Tonton Créon » et les siens finissent par perdre en magnanimité sous les assauts d’une langue modernisée. Le jeu des comédiens s’inscrit dans cette cohérence d’accessibilité contemporaine et le Créon qu’incarne René Loyon a tout de la froideur cynique des démagogues de notre époque, au point d’apparaître comme le clone étonnant des politiques du moment, jouant des passions démocrates pour mieux asseoir ses lubies despotiques… A cet égard, le projet de René Loyon d’installer ce texte ancien « au plus près de notre sensibilité contemporaine » est abouti de fait, mais ses effets sont un peu déroutants. Le choix d’une Ismène éplorée affrontant une Antigone dont le regard concentré porte à lui seul tout le hiératisme de son refus ou celui d’un Hémon en fils de bonne famille courtois ont tendance à transformer la tragédie en drame bourgeois dont l’issue sanglante se révèle intempestive et disproportionnée.
 
Le drame politique supplantant la tragédie héroïque
 
Peut-être est-ce parce que notre époque a sacrifié le sacré, peut-être est-ce parce que le sens de l’Histoire a remplacé le destin, peut-être est-ce parce que la résistance a été liquidée au profit d’une acceptation de l’évidence de la soumission que le combat d’Antigone devient incompréhensible si sa fougue jusqu’au-boutiste n’est plus que le caprice d’une petite fille boudeuse. Marie Delmarès paraît ainsi empêtrée dans un jeu dont elle retient les excès, interdite de cette folie suicidaire qui bouillonne pourtant en puissance dans chacun de ses gestes. La pièce en vient alors à se recentrer sur le personnage de Créon, tyran aveugle qui écoute trop tard la voix du peuple et celle des dieux et ne gagne rien au final puisqu’on n’emporte jamais rien ni dans ni sur la mort. René Loyon offre à l’homme d’Etat une reptilienne et inquiétante présence, transformant Créon en Léviathan dévorant ses enfants sous le regard complice d’un peuple préférant la sécurité à la liberté. En cela, la modernisation d’un Sophocle mâtiné de Hobbes est intéressante.
 
Catherine Robert


Antigone, de Sophocle ; traduction de Florence Dupont ; mise en scène de René Loyon. Du 9 janvier au 11 février 2008. Lundi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 20h30 ; dimanche à 17h. Théâtre de l’Atalante, 10, place Charles-Dullin, 75018 Paris. Réservations au 01 46 06 11 90.

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