Jazz / Musiques - Agenda

ANDY EMLER, GROOVY BIRTHDAY

Légende photo : Andy Emler peaufine son écriture avec le MegaOtctet. ©Christophe Charpenel

LES LILAS / JAZZ

Bientôt trente ans que le pianiste et compositeur Andy Emler pilote le MegaOctet, une formation qui n’a cessé d’évoluer sans jamais déroger à un principe fondateur : groove toujours ! La rentrée de ce groupe phare du jazz européen se déploie autour de la sortie d’un nouvel album – A Moment For… (La Buissonne/PIAS) – et d’un DVD – Au son de sa voix (La Huit Production) – avec à la clé un concert exceptionnel début novembre au Triton (Les Lilas).

Votre nouvel album a été enregistré à la Buissonne… Le cadre idéal pour une telle session ?

Andy Emler : Oui, pour de nombreuses raisons. Mais avant tout pour Gérard de Haro et son énorme talent de preneur de son, avec qui nous entretenons des liens fidèles et solides. Tous les deux ans depuis 2003 nous allons y enregistrer un nouvel opus et toujours en deux jours maximum !

L’histoire du MegaOctet, c’est celle de fidélités au long cours…

Andy Emler : Les histoires humaines qui durent sont souvent de belles histoires. Il y a bien sûr, mon « unstopable » envie d’écrire, et d’écrire pour des personnalités. Il se trouve que chaque époque de l’orchestre, chaque rencontre avec un Thomas de Pourquery, un Guillaume Orti ou un Claude Tchamitchian, pour ne citer qu’eux, motive un travail d’écriture sur-mesure ou « à la carte ». Dans nos musiques on n’écrit pas pour des anonymes… J’essaie de mettre en scène un langage issu de toutes les musiques passées – et il y en a eu au vingtième siècle – et aussi de trouver un son « avant-gardiste ».

« Les histoires humaines qui durent sont souvent de belles histoires. »

Inversement, en quoi cette formule n’a-t-elle cessé de bouger, de changer, comme le prouve le nouvel album ?

Andy Emler : C’est bien sûr le choix des musiciens qui génère les idées. Mais aussi mon travail de compositeur et mes envies d’entendre, de tester, d’arranger et de faire sonner. Sans oublier une autre de mes incontournables motivations : donner du plaisir.

Pourquoi avoir choisi ce titre, A Moment For… ?

Andy Emler : C’est un moment pour… se poser de bonnes questions, constater nos erreurs et y remédier, changer de cap au besoin, contrôler nos egos et s’intéresser aux autres : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser tu m’enrichis », disait Saint Exupéry.

En 2019, le MegaOctet fêtera ses trente ans. L’heure d’un bilan ?

Andy Emler : Quand on parle de bilan, j’ai le sentiment qu’on suspend le temps pour un constat ou un regard vers le passé. Or, me semble-t-il, les compositeurs ne partent pas à la retraite et il y a encore tellement à faire !
La date anniversaire du MegaOctet se fête chaque fois qu’il joue en public, et je crois honnêtement qu’il aurait dû attirer l’attention de tourneurs depuis tout ce temps. Peut-être s’en souviendra-t-on à la mort du compositeur… Ça arrive parfois ! (sourire entendu)

Les créations en musique, un domaine où en tant que compositeur vous vous illustrez souvent, comme la recherche fondamentale en sciences, sont des secteurs désormais aussi indexés aux lois du marché. En quoi cela menace-t-il le futur de la musique ?

Andy Emler : Edgar Varèse interviewé à Radio France dans les années 1950 disait : « Attention, quand la musique de divertissement prend le dessus sur la création et l’art alors la société est véritablement en danger. »
Je pense qu’il avait raison et que nous sommes en plein dedans. Je respecte les choix d’expression de chacun mais quand un « marché » impose en continu dans les plus grands médias des musiques de divertissement de composition médiocre ou qui n’apportent aucune surprise aux oreilles du plus grand nombre alors il me semble qu’on tire l’intellect de la population vers le bas. Adieu sens critique, curiosité, développement de l’imaginaire ainsi que nourritures intellectuelles pour tous. Si nos musiques étaient elles aussi très médiatisées, elles feraient émerger énormément de fans. Ce n’est pas une question de style ou de langage musical. Les pratiques artistiques comme le sport devraient être considérés comme des matières importantes à l’école dès le plus jeune âge, mais ce n’est toujours pas le cas dans ce pays… Serait-ce une volonté de nos dirigeants ? Dans quel but ?

Propos recueillis par Jacques Denis

Les musiciens du MegaOctet

Laurent Blondiau trompette
Laurent Dehors saxophone ténor
Philippe Sellam saxophone alto
Guillaume Orti saxophone alto
Anthony Caillet tuba
Claude Tchamitchian contrebasse
Eric Echampard batterie
François Verly marimba et percussions
Andy Emler piano et compositions

A propos de l'événement

Andy Emler MegaOctet
du Vendredi 9 novembre 2018 au Vendredi 9 novembre 2018
Le Triton
11 bis, rue du Coq Français, 93260 Les Lilas

à 20h30. Tél. 01 49 72 83 13. Places : 15 à 25 €.


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