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Dernier volet du triptyque « Hexagone, une histoire de France », Alif nous transporte dans le passé de l’auteur, metteur en scène, compositeur, comédien et chanteur Abdelwaheb Sefsaf. Entre concert théâtral et récit autofictionnel, une chronique d’apprentissage qui transforme le plateau en « lieu de transmission et de partage ».
Alif, c’est la première lettre de l’alphabet arabe, langue qu’Abdelwaheb Sefsaf a apprise au collège, au sein de la classe d’une professeure d’origine libanaise chrétienne prénommée Anne-Marie. C’est ce passé d’adolescent que le directeur du Théâtre de Sartrouville réinvente dans Alif. « Dans cette nouvelle pièce, explique-t-il, se pose la question du langage, de la langue que l’on utilise pour s’exprimer, pour s’affirmer, pour être soi… Quelle relation à l’identité entretient-on lorsqu’on parle plusieurs langues, particulièrement lorsqu’on est d’origine algérienne, avec l’histoire coloniale que l’on connaît ? ». Après Si loin si proche en 2017 et Ulysse de Taourirt en 2020, l’artiste aux multiples facettes raconte, dans le troisième volet du triptyque familial « Hexagone, une histoire de France », comment l’apprentissage de l’arabe peut se révéler moteur d’émancipation. « Grâce à cette professeure, révèle-t-il, l’élève que j’étais a réalisé que le monde arabe n’était ni seulement maghrébin, ni seulement musulman. De larges horizons se sont ouverts à moi… » C’est cette classe qui est représentée sur le plateau d’Alif, une classe au sein de laquelle se mêlent interprètes amateurs et professionnels (Adila Bendimerad, Abdelwaheb Sefsaf, Souad Sefsaf, Aliocha Regnard et Nathalie Royer).
Une expérience sensible de démocratie
Avant la représentation, dans le hall du théâtre, l’équipe du spectacle propose à huit spectatrices et spectateurs de monter sur scène pour lui donner la réplique. S’ajoutent à eux deux autres volontaires, choisis en direct dans la salle, pour finaliser la distribution. Conçu comme une « expérience sensible de démocratie », Alif recrée sur scène le chœur populaire au sein duquel le jeune Abdel et ses camarades de classe chantaient. Car pour faire travailler ses élèves, non seulement Anne-Marie convoquait des textes de grands poètes de langue arabe, mais aussi des chansons de grandes divas : Faïrouz, Asmahan, Oum Kalthoum… « L’enfant que j’étais se voyait uniquement comme un fils d’ouvrier immigré, avec un grand déficit de légitimité et un syndrome d’invisibilité assez marqué, confie Abdelwaheb Sefsaf. Et là, tout à coup, j’ai pris conscience que la culture arabe avait une vraie grandeur, je devenais peu à peu fier de mes origines. Je crois que je peux l’affirmer aujourd’hui : apprendre la langue arabe m’a aidé à être pleinement Français. » Nourri de chansons coécrites avec Georges Baux, de souvenirs et de réflexions personnelles, de documents d’archives rappelant le passé colonial français, Alif est « l’histoire d’une lutte invisible entre la langue qui donne le droit d’exister et celle qui rappelle d’où l’on vient ».
Manuel Piolat Soleymat
à 14h, relâche le vendredi. www.11avignon.com
Durée : 1h20.
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