Jazz / Musiques - Entretien

Twice the first time : épopée métaphorique

Napoléon Maddox a investi la légende familiale pour écrire son nouveau projet. © DR

BANLIEUES BLEUES / HIP-HOP & JAZZ

Le rappeur et beat-boxeur de Cincinnati est de retour avec un projet qui questionne l’identité afro-américaine à travers l’histoire de ses grands-tantes, Millie-Christine McKoy (1851-1912), esclaves et sœurs siamoises, qui après leur émancipation furent des artistes célébrées et un symbole de liberté.

Le destin extraordinaire de Millie-Christine McKoy fait-il partie de votre légende familiale ?

Napoleon Maddox : Depuis toujours, ma mère a partagé cette histoire extraordinaire avec mes sœurs et moi. Nées siamoises en 1851, vendues à un cirque, volées et emmenées en Angleterre, les sœurs McKoy revinrent aux Etats-Unis, apprirent le chant et la musique, et furent ensuite connues sous divers noms dont celui de « Rossignol à deux têtes ». Ce destin hors du commun a été racontée à toute ma famille, et j’espère que cela continuera avec les jeunes générations. C’est une partie importante de ce que nous sommes. Dans ma famille, il y a beaucoup de grands penseurs, orateurs, poètes et comédiens.

« La continuité, c’est l’expression d’un esprit éternel. »

Cette création est-elle la continuité de votre projet A Riot Called Nina ?

N.M. : La continuité, c’est l’expression d’un esprit éternel. C’est ainsi que j’envisage les contributions étonnantes de chacune des créations. A mon sens, Nina Simone comme Millie-Christine ont dans leur vie témoigné d’un vrai patriotisme, sans allégeance à aucune nation… Elles sont comme ceux que Rahsaan Roland Kirk a appelé « Eulipions» : les guerriers de l’âme, luttant pour notre survie spirituelle.

Quelle est la meilleure définition de ce projet : performance poétique ? Métaphore multimédia ? Et comment concilier l’improvisation libre et la narration vidéo ?

N. M. : Je dirais plutôt «Multi-media Narrative driven Performance Art set to Hip-hop and Spiritual Jazz ». C’est sans doute une très longue définition ! Le style de la narration vidéo ajoute de nouveaux repères pour les improvisateurs afin qu’ils se projettent de façon innovante, inédite, en fonction de chaque proposition vidéo et en suivant la performance du chant et de la poésie.

Comment avez-vous travaillé avec les élèves de Cincinnati, qui ont participé en amont de cette création ?

N. M. : Il y a eu plusieurs types d’interventions qui m’ont inspiré et invité à creuser de nouvelles voies dans cette création. Ils se sont montrés curieux, ils ont posé de bonnes questions et produit de brillantes observations… Cela m’a permis de constater que l’histoire de Millie-Christine pouvait été exprimée dans de nombreuses perspectives. Je suis impatient de vivre la même expérience d’ouverture avec les élèves de La Courneuve, qui seront eux aussi associés au projet.

Après avoir eu un Président noir, comment expliquez-vous que la question de la part noire des Etats-Unis, constitutive du pays, soit encore sujette à des interrogations ?

N.M. : Tant que nous ne serons pas précisément éduqués par l’Histoire, l’acceptation de membres de la société longtemps « sous-classés », leur humanité, suscitera toujours des questions difficiles et des réponses plus difficiles. Depuis le début, l’Histoire américaine a en fait été falsifiée. Et elle est traitée de moins en moins honnêtement dans notre système éducatif. La technologie est également une épée à double tranchant : ceux qui savent comment chercher et critiquer l’information sont mieux informés, ceux qui étaient déjà prêts à être manipulés sont plus ignorants que jamais.

Etes-vous plus que jamais inquiet pour la communauté quand on regarde le nombre des morts par balle, et les déclarations du nouveau Président Trump ? Est-on au bord d’une guerre civile, ou civique ?

N. M. : Bien que je sois réaliste sur les « États divisés » d’Amérique, bien que ce que nous voyons dans les médias ne constitue en fait qu’un aspect de la vie des Noirs depuis la fondation de ce pays, il y a de l’espoir. Il est aujourd’hui admis que nous avons vraiment un problème ! Il y a aussi des gens étonnants, jeunes et vieux, de toutes origines, qui remettent en question les mensonges qui nous divisent et valorisent la pensée. Ils célèbrent des révolutionnaires sociaux comme Muhammad Ali ou Rosa Parks en tant que héros américains, et réalisent la lâcheté d’autres personnes précédemment considérées comme héroïques. Je ne crois pas à l’hypothèse d’une guerre civile telle que celle des années 1860. Même si la folie de ces temps n’a pas totalement disparu, je suis fier de voir des gens, sages et déterminés à faire entendre leurs voix, très divergentes du pouvoir actuel.

Propos recueillis par Jacques Denis

A propos de l'événement

Twice the first time : épopée métaphorique
du Vendredi 17 mars 2017 au Vendredi 17 mars 2017
Centre Houdremont
11 Avenue du Général Leclerc, 93120 La Courneuve, France

11 avenue du Général Leclerc, 93120 La Courneuve. Vendredi 17 mars à 20h30. Tél : 01 49 22 10 10. Places : de 10 à 16 €.


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