Théâtre - Critique

Flaque

Éric Longequel et Guillaume Martinet dans Flaque. Crédit : Pierre Morel

Le Monfort / conception David Maillard, Eric Longequel, Guillaume Martinet

Dans Flaque, le trio formé par David Maillard, Éric Longequel et Guillaume Martinet questionne avec un savoureux langage burlesque et chorégraphique la posture habituelle du jongleur. Sa verticalité et ses muscles tendus.

Dire que Flaque commence par une dégustation de banane et se termine par la Rhapsodie de Liszt ne gâchera rien de l’effet de surprise recherché par la compagnie Defracto. Au contraire. Entre ces deux éléments a priori peu faits pour se rencontrer sur une scène, David Maillard, Éric Longequel et Guillaume Martinet déploient un jonglage d’une grande cohérence. Une esthétique certes née d’un métissage entre différentes pratiques – le hip hop, le butô et la danse classique, pour n’en citer que quelques-unes –, mais tendue vers un but précis. Soit la remise en cause des fondamentaux d’un art encore largement associé à la virtuosité alors que depuis l’émergence du nouveau cirque, la plupart des autres disciplines sont traversées par un refus ou du moins par un questionnement de la performance. Comme Matthieu Gary et Sidney Pin dans Chûte par exemple, où l’acrobatie la plus réussie est la plus ratée, les trois acolytes de Flaque ont l’art de faire les choses de travers. Quand ce n’est pas carrément à l’envers. Non seulement ils tombent beaucoup plus souvent que leurs balles, mais l’énergie qu’ils mettent à leurs jeux semble en effet dépendre de leur proximité avec leur matériel de scène. Clowns à la dégaine sportive et urbaine, ils jouent la dépendance à leur outil de travail avec un sens de l’absurde qui fait la singularité de leur jeune compagnie et sa subtilité dans l’exercice de la désobéissance.

Utopie du mou  

Une fois avalé le fruit introductif, les muscles d’Éric Longequel se détendent. À tel point qu’il lui faut bouger le buste pour avancer les bras en direction des balles, ou se laisser manipuler par Guillaume Martinet qui partage régulièrement sa grande mollesse. Au centre d’un espace délimité par du scotch blanc, les deux jongleurs dévertébrés se livrent à une succession de catastrophes sur le son de l’électro minimaliste mixée en direct par David Maillard. Lequel est régulièrement pris à parti par les autres et amené à participer à leurs expériences les plus verticales. Son ordinateur remplace alors les balles, et c’est le monde réel qui entre dans le champ du spectacle. Pour la compagnie Defracto, jongler définit un rapport au monde. Un quotidien de fragilité et d’indocilité créative où l’on va par quatre chemins plutôt que par un seul, histoire de voir du pays et surtout de s’y vautrer de toutes les façons possibles. Sur la peau de banane déposée au milieu de la scène ou sur des morceaux d’adhésif invitant à une course de sauts d’obstacles imaginaires. Avec ou sans balles. Construit à partir d’un nombre très limité de figures simples, Flaques fait un beau manuel vivant de l’horizontalité. Autrement dit de la tolérance et de l’égalité.

 

 

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Flaque
du Lundi 13 mars 2017 au Jeudi 23 mars 2017
Le Monfort
106 Rue Brancion, 75015 Paris, France

Du 13 au 23 mars, à 19h30. Relâche du 16 au 19 mars. Tel : 01 56 08 33 88.


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