Classique / Opéra - Entretien / FLORIAN NOACK

Conquêtes de territoires

FONDATION LOUIS VUITTON / PIANO

Né à Bruxelles en 1990 dans une famille de musiciens, le jeune pianiste Florian Noack, lauréat de plusieurs concours nationaux et internationaux, compte parmi les grands espoirs du piano européen. Musicien défricheur, il s’est distingué par l’enregistrement d’une intégrale des œuvres pour piano de Sergueï Lyapunov, et surtout un étonnant disque de transcriptions et paraphrases (de sa main) d’œuvres de musique russe récompensé par le prestigieux prix ECHO Klassik. Sa passion singulière pour les transcriptions et le bonheur d’explorer des terres musicales inédites s’expriment de nouveau lors de son prochain et prestigieux récital parisien.

Dans quel esprit avez-vous conçu ce programme ?

Florian Noack : Ce programme a été conçu, à la demande de la direction artistique de la Fondation Vuitton, autour d’un thème très simple : les transcriptions. Au fil des échanges, le programme s’est axé plus spécifiquement et exclusivement sur mes propres transcriptions, avec une part importante consacrée à la musique russe – Tchaikovsky, Rimski-Korsakov, Borodine -, qui a pour l’instant fait l’objet de l’essentiel de mes arrangements. Ma version du Concerto pour 4 clavecins de Bach qui ouvrira le programme, (lui-même à l’origine un arrangement du Concerto pour 4 violons de Vivaldi), est une transcription plus récente, née du désir de changer d’air en se penchant vers une autre époque, ce qui implique une exploration différente de l’instrument.

D’où vous vient ce goût pour les transcriptions ?

F. N. : Ma motivation est liée à cette part d’envie, et aussi de rêve, de pouvoir moi-même jouer une phrase, un passage, ou un morceau que j’aime, mais dont l’accès est en quelque sorte interdit, ou du moins temporairement, tant qu’une version n’existe pas pour mon instrument. C’est un besoin relativement intuitif et inconscient, qui s’est manifesté, de manière très basique, lorsque, tout petit, j’essayais au piano de retrouver les harmonies et les mélodies de chansons d’Ivan Rebroff que me faisait écouter ma grand-mère. Plus tard, cela a pris un tour plus professionnel, lorsqu’à 18 ans j’ai écrit (et finalement publié) ma transcription de Roméo et Juliette de Tchaikovski. Depuis, cette démarche de créer mon propre répertoire ne m’a jamais vraiment quitté. Dans mon cas, c’est une tâche extrêmement lente – il m’arrive de prendre des années pour écrire une nouvelle transcription – mais aussi très gratifiante, puisqu’à chaque mesure écrite correspond la récompense de s’installer au piano, et, tout d’un coup, de pouvoir expérimenter ce contact « physique » avec une œuvre. Cela peut être assez magique.

« Cette démarche de créer mon propre répertoire ne m’a jamais vraiment quitté. »

Par ailleurs, on remarque que vous aimez vous échapper en vous tournant vers des répertoires délaissés, des compositeurs plus rares. Pourquoi ?

F. N. : Ma découverte du répertoire pour piano s’est faite tout au long de la lecture d’un ouvrage extraordinaire : « La musique de piano » de Guy Sacre, véritable compagnon de voyage, à l’origine de presque chacune de mes découvertes. Dès l’âge de 12 ans, j’ai pris l’habitude de l’ouvrir chaque soir de manière un peu aléatoire. Cela me poussait toujours à découvrir… Parfois en allant écouter ensuite une œuvre sur internet lorsqu’un enregistrement existait, souvent en essayant de trouver la partition et en essayant de la lire. La joie et l’émerveillement de découvrir une belle œuvre, lorsqu’on ausculte le piano, un peu à tâtons, sont assez similaires à celles que j’éprouve en essayant quelques mesures d’une transcription à laquelle je travaille… Faire exister une œuvre par le simple fait de la jouer est un processus extrêmement stimulant. J’éprouve toujours un enthousiasme un peu extrême à l’idée de faire exister une œuvre qui, sans cela, n’existerait pas, en tous cas tant que personne ne s’attelle à la défendre.

 

Propos recueillis par Jean Lukas

A propos de l'événement

FLORIAN NOACK
du Vendredi 28 avril 2017 au Vendredi 28 avril 2017
Fondation Louis Vuitton
8 Avenue du Mahatma Gandhi, 75116 Paris, France

à 20h30. Tel : 01 40 69 96 00. Places : 15 et 25 €.


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