La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien / Rachid Ouramdane

Variation(s) de Rachid Ouramdane

Variation(s) de Rachid Ouramdane - Critique sortie Danse Annecy Bonlieu - Scène Nationale d'Annecy
Rachid Ouramdane Crédit : Géraldine Aresteanu

Entretien / Rachid Ouramdane

Publié le 27 septembre 2019 - N° 280

Après Franchir la nuit, pièce délicate interprétée par de jeunes exilés, Rachid Ouramdane revient à l’abstraction avec un double solo intitulé Variation(s).

Qu’est-ce qui a motivé la création de Variation(s) ?

Rachid Ouramdane : L’envie de revenir à une écriture de danse précise, complexe. Lorsque je travaille avec des non professionnels, comme je l’ai fait pour Franchir la nuit qui met en scène des enfants réfugiés, je propose des consignes d’attention, des façons d’être au plateau. Leurs mouvements, que je trouve toujours intéressants, sont souvent de nature spontanée, en partie incontrôlée. Lorsqu’au contraire je travaille avec des personnes qui ont une grande maîtrise du geste, je peux aller beaucoup plus loin dans l’organisation, la décomposition des motifs. Variation(s) est une pièce abstraite. J’avais envie de revenir à l’un des fondamentaux de la danse qui est le lien entre le geste et la musique, de voir comment d’une rencontre entre la musique répétitive de Jean-Baptiste Julien et deux façons d’y faire face, celle de Ruben Sanchez qui est danseur de claquettes et celle d’Annie Hanauer qui est danseuse contemporaine, pouvait apparaître quelque chose d’intime. Comment à travers le geste abstrait la personnalité se révèle-t-elle ? Comment, grâce aux filtres que sont les corps des danseurs, rendre visible la partition musicale ou même la donner à entendre autrement ?

« J’avais envie de revenir à l’un des fondamentaux de la danse qui est le lien entre le geste et la musique. »

Pourquoi avoir réuni Annie Hanauer et Ruben Sanchez dans cette création ?

R.O. : Ce sont des interprètes avec lesquels je travaille depuis un certain temps et avec lesquels j’ai développé une complicité. Travailler avec eux s’est imposé mais si l’on y réfléchit d’un point de vue théorique, je crois que je désirais une forme de contraste. J’ai eu la chance de rencontrer dans mon parcours de formation Fernand Schirren, un génie de la percussion, un des grands pédagogues de l’école Mudra  qui a été l’un des professeurs d’Anne Teresa De Keersmaeker. Il ne cessait de nous dire : « Essayez de repérer la différence dans le même. » Cette phrase un peu énigmatique a une grande résonnance dans l’art répétitif. Dans la répétition, comment arrive-t-on à toujours trouver de la modulation, de l’émerveillement ? Si j’ai pensé à Annie et à Ruben, c’est pour cette raison, pour proposer un contraste dans le rapport au son face à une même œuvre musicale. Annie est dans une forme de mouvement continu, mélodique, alors que Ruben, lui, a un rapport à la musique beaucoup plus rythmique, syncopé.

Comment s’organise ce double portrait ?

R.O. : C’est un solo suivi d’un autre, un relai de l’un à l’autre. Les interprètes ne se croisent pas sur scène, mais nous avons beaucoup travaillé sur la façon dont un danseur occupe le plateau et lui donne une certaine tension, une certaine texture, qu’il transmet à l’autre dans une sorte de prolongation. Ruben Sanchez, d’abord, joue ou danse, puisqu’un danseur de claquette est en même temps danseur et musicien percussionniste, avant d’être rejoint par la composition enregistrée de Jean-Baptiste Julien. Le morceau ainsi construit est ensuite transmis à Annie Hanauer qui prend le relai en s’inscrivant dans une forme de modulation, de transformation.

 

Propos recueillis par Delphine Baffour

A propos de l'événement

Variation(s) de Rachid Ouramdane
du Mercredi 9 octobre 2019 au Vendredi 11 octobre 2019
Bonlieu - Scène Nationale d'Annecy
1 rue Jean Jaurès, 74000 Annecy

Les 9 et 11 octobre à 20h30, le 10 octobre à 19h. Tél. 04 50 33 44 11. Durée : 1h.


 


Egalement le 5 décembre au Lux, Valence, du 11 au 13 décembre à la MC2 Grenoble, Le 2 avril aux Bains douches, Montbéliard, du 23 au 27 juin au Théâtre des Abbesses, Paris.


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