La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Une Confrérie de farceurs

Une Confrérie de farceurs - Critique sortie Théâtre
Un joyeux charivari animé par un chœur d’aimables déconneurs.

Publié le 10 septembre 2007

Sorte de grand-mère indigne du théâtre, la farce sort enfin du purgatoire où l’ont reléguée les doctes et les moralistes, grâce aux talents conjugués de fieffés dépoussiéreurs !

 

Entre le ventre et le bas-ventre, les farces médiévales ont le rire paillard, et les ambitions de leurs personnages « vont rarement au-delà d’un bon plat de tripes ou d’un phallus de belle taille », remarque Bernard Faivre qui signe la traduction et l’adaptation de ce corpus ancestral en lui ôtant les voiles pudiques dont la décence austère l’a jusqu’alors recouvert. L’esprit entre con et cul, la farce met les pieds dans le plat sans tourner autour du pot, s’autorise des grivoiseries et des saillies mordantes où le plaisir des sens raille la morale et ses oripeaux sentencieux, se goberge de bons mots, se complaît à la scatologie iconoclaste, et se moque des benêts et des jaloux, des pisse-froid et des pisse-vinaigre, des cocus impuissants, des moines égrillards et des nobles imbéciles ! Et c’est là, au-delà de son éloge du foutre et de la merde, que se tient toute la force politique du carnaval qu’elle s’autorise, renversant les valeurs établies en les ridiculisant et vengeant le bas peuple des humiliations qu’il subit en un bras d’honneur salutaire !

Entre fantaisie et subversion, crudité et cruauté : un concentré d’humanité

François Chattot et Jean-Louis Hourdin ont eu l’excellente idée de faire commencer leur spectacle avec La Naissance du jongleur, magnifique texte de Dario Fo magistralement interprété par Catherine Hiegel, sorte de manifeste en forme de récit implacable où l’artiste apparaît comme le justicier de la misère combattant les abus du pouvoir par celui des mots. Les pièces courtes qui suivent cette introduction de colère en portent la vigueur révolutionnaire : montrer sur scène les déboires sphinctériens et matrimoniaux des grands permet de les conchier et de cacher le brûlot le plus finaud sous des apparences de mauvais goût patelin. La bande de joyeux drilles réunie par Chattot et Hourdin, composée de comédiens du Français, du JTN et de Dijon et sa région, mêlant générations, formations et expériences, s’en donne donc à cœur joie pour faire renaître les savoureuses aventures de Mahuet, Naudet, Frère Guillebert et les autres, recréant sur la scène l’ambiance des foires d’antan et les surprises du théâtre de tréteaux avec une vigueur et un abattage gaillards et jubilatoires.

Catherine Robert


Une confrérie de farceurs, d’après une anthologie des farces du Moyen Age et de la Renaissance traduites par Bernard Faivre ; en introduction La Naissance du jongleur, de Dario Fo ; chefs de troupe : François Chattot et Jean-Louis Hourdin. Du 19 septembre au 27 octobre 2007. Le mardi à 19h ; du mercredi au samedi à 20h ; le dimanche à 16h. Théâtre du Vieux-Colombier, 21, rue du Vieux-Colombier, 75006 Paris. Réservations au 01 44 39 87 00 / 01. Renseignements sur www.comedie-francaise.fr

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