La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Un chapeau de paille d’Italie

Un chapeau de paille d’Italie - Critique sortie Théâtre Paris
Crédit photo : F. Berthon Légende photo : Gilles Bouillon met en scène la noce trépidante de Fadinard.

Théâtre de la Tempête / d’Eugène Labiche / mes Gilles Bouillon

Publié le 29 octobre 2012 - N° 203

Péripéties du chapeau volant d’une volée volage qui veut récupérer son bien… Gilles Bouillon orchestre la ronde éperdue de Fadinard et sa noce, cauchemar gai, farfelu et délirant.

L’inconscient, structuré comme un langage, fonctionne selon les principes de la métaphore et de la métonymie. La nuit venue, la voie royale du rêve autorise des créations en glissements et raccourcis qui sont autant de bons mots. Gilles Bouillon met en scène Un chapeau de paille d’Italie comme le cauchemar de Fadinard : à la fin de la pièce, on retrouve le malheureux dans sa position initiale, effondré sur le lit marital, épuisé par la cavalcade imposée par le chapeau à retrouver. Qu’est-ce alors que ce curieux cheval qui hante le rêve angoissé de Fadinard, sinon, peut-être, la métaphore de la chevauchée physique et symbolique qu’est le mariage, celle de la femme à enfourcher et dompter (rosse ou cavale), ou celle du mari, étalon, bourrin, hongre ou bidet, selon que l’amazone de son cœur l’aime, le craint, le castre ou le ridiculise… D’emblée, chez Bouillon, Dada n’est pas loin, et, comme toujours, on sent que la dramaturgie savante de Bernard Pico a éclairé la pièce pour en produire une lecture efficace et précise. Mais l’exercice ne tourne pas à la leçon analytico-surréaliste, et le théâtre est premier, caracolant et joyeux, débarrassé de la théorie qui l’a alimenté, et rendu à la spontanéité mécanique de son développement.

Caracolades d’une troupe fringante

De larges lés de papier peint, montés sur des panneaux à roulettes qui permettent des changements de décor supersoniques, campent les différentes stations du chemin de croix de Fadinard : chez lui, chez la modiste, chez la baronne de Champigny, chez Beauperthuis (cocu prenant un bain de pieds dans sa baignoire, variation du bidet…), et sur la place Baudoyer, devant sa maison. Frédéric Cherboeuf est Fadinard. Elégant, vif et charmant comme un de ces rentiers à cabriolet qui, le cœur changeant et l’esprit léger, allaient au bois, à l’opéra et chez les danseuses avant de se ranger avec « une petite femme à (soi) tout seul », il virevolte et saute les obstacles allegro vivace, et s’empare de sa partition verbale avec souplesse. Face à lui, Jean-Luc Guitton campe un magnifique Nonancourt, lourdaud et collant à souhait, et constitue, avec Cherboeuf, un très efficace duo d’auguste et de clown blanc. Le reste de la troupe pétille et pétarade. Les comédiens chantent (accompagnés au piano par Alain Bruel), jouent de la musique et composent de beaux tableaux délirants et désopilants. L’ensemble, joyeux et inventif, est aussi plaisant que gaillard. A la fin, Fadinard a réglé définitivement les déboires causés par l’appétit de sa Cocotte (le nom de sa rossinante). Sans doute guéri de ce frénétique galop, il est prêt à aller au pas, celui du mariage : son réveil sera peut-être le véritable début du cauchemar !

Catherine Robert

A propos de l'événement

Un chapeau de paille d’Italie
du Mercredi 14 novembre 2012 au Dimanche 16 décembre 2012

Cartoucherie, route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris
Du 14 novembre au 16 décembre 2012. Tél. : 01 43 28 36 36. Tournée nationale de janvier à mai 2013. Durée : 2h. Spectacle vu au CDR de Tours, Théâtre Nouvel Olympia.
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