La Terrasse

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Théâtre - Entretien

Traversées africaines

Traversées africaines - Critique sortie Théâtre Paris Le Tarmac
Valérie Baran © Philippe Servent

Le Tarmac / Festival

Tandis que la profession se mobilise contre la décision brutale du ministère de la Culture de fermer le Tarmac, la scène dédiée à la francophonie ouvre l’un de ses grands rendez-vous annuels : les Traversées africaines (6 mars – 13 avril 2018). Sa directrice, Valérie Baran, en présente le bel esprit d’ouverture et de partage.

Pour la troisième année, vous proposez au Tarmac plus d’un mois de « Traversées ». Quelle vision de la francophonie défendez-vous à travers les huit spectacles qui y sont programmés ?

Valérie Baran : Avec ces Traversées, j’ai voulu consacrer le mois et demi qui sépare les vacances d’hiver de celles de printemps à des formes de rencontre. De partage. Montrer, une fois de plus – mais, au théâtre comme ailleurs, certains préjugés ont la peau dure – que blancs et noirs ne sont pas opposés. Et que les échanges entre Afrique et Occident gagnent à se faire dans les deux sens. Très ouverts à la rencontre et à l’idée de co-écriture, les artistes africains sont nombreux à en donner la preuve. Circulant aussi bien à l’intérieur de leur continent qu’à l’extérieur, ils créent des œuvres tout en passionnants frottements.

Le Cri du zèbre (6-9 mars 2018), le spectacle d’ouverture du festival, offre une parfaite illustration de cette philosophie.

V.B : Né de la rencontre des deux grands comédiens Ousmane Bamogo et Gilles Ostrowsky à Ouagadougou, dans le cadre du spectacle La Tempête mis en scène par Thierry Roisin, Le Cri du zèbre est en effet le fruit d’une curiosité réciproque. « Ouistiti du meilleur humoriste du Burkina Faso » pour l’un, artiste doué d’un puissant sens comique pour l’autre, Ousmane Bamogo et Gilles Ostrowski partagent un même goût pour l’humour, qu’ils mettent au service d’un examen des idées reçues concernant aussi bien les Français que les Burkinabés. Dans leur spectacle comme dans les sept autres au programme de ces Traversées africaines, la rencontre est porteuse de maturité. Elle ouvre à une vision du monde plus sereine. Plus humaine.

Bon nombre des artistes programmés ont déjà une histoire avec le Tarmac. Pourquoi ce désir de travailler sur la durée ?

V.B : Si les artistes du monde francophone se sont beaucoup mobilisés à l’annonce de la fermeture du Tarmac, c’est que les scènes françaises leur laissent peu de place. Pour eux, c’était une porte de plus qui se fermait. L’importance que revêt le lieu pour les artistes qu’il soutient m’a toujours poussée à travailler sur le long terme. Dans une fidélité qui est aussi très précieuse pour l’équipe et pour le public.

« Les échanges entre Afrique et Occident gagnent à se faire dans les deux sens. »

On retrouve aussi dans ces Traversées africaines le mélange d’artistes reconnus et de jeunes talents, qui caractérise la programmation du Tarmac.

V.B : En effet. Si nous travaillons sur la durée, nous avons aussi vocation à découvrir des talents. Parmi les artistes habitués du Tarmac, on a plaisir par exemple à retrouver les danseurs et chorégraphes burkinabés Bienvenue Bazié et Auguste Ouédraogo, qui présenteront Peubléto (Rêves et réalité) les 23 et 24 mars. Il y a aussi le poète, romancier et dramaturge malgache Jean-Luc Raharimanana avec Parfois le vide (20 et 21 mars). Moins connu pour le moment, le Congolais David Minor Ilunga s’est affirmé en tant qu’auteur au sein du Tarmac des auteurs, ateliers d’écriture que nous avons organisés pendant un an au Congo RDC. Il interprète lui-même son texte Délestage (du 14 au 16 mars), mis en scène par Roland Mahauden, ancien directeur du Théâtre de Poche de Bruxelles.

David Minor Ilunga n’est pas le seul auteur des Traversées à avoir été soutenu par le Tarmac. En quoi consiste cette aide ?

V.B : Le Tarmac organise des résidences dans le cadre du Quartier des auteurs. Le Guinéen Hakim Bah – dont Un cadavre dans l’œil, mis en scène par le Belge Guy Theunissen, clôture le festival les 12 et 13 avril – en a commencé une en février. En 2014-2015, Fiston Mwanza Mujila était à sa place ; il y a écrit son premier roman, Tram 83 (éditions Métailié), que l’on peut découvrir dans l’adaptation de Julie Kretzschmar du 27 au 30 mars. Un mot, enfin, sur notre cycle Écrivains d’Afrique et des Caraïbes : portraits en scène, inauguré en 2015 par un spectacle consacré à Sony Labou Tansi, qui a beaucoup tourné. Surtout dans des lieux non-théâtraux. Écrit par Bernard Magnier et mis en scène par Hassane Kassi Kouyaté, Le fabuleux destin d’Amadou Hampaté Bâ (du 3 au 13 avril) ira à son tour à la rencontre de publics éloignés du théâtre. Car tel est aussi l’objectif de nos Traversées.

Propos recueillis par Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Traversées africaines
du Mardi 6 mars 2018 au Vendredi 13 avril 2018
Le Tarmac
159 avenue Gambetta, 75020 Paris, France.

Tel : 01 43 64 80 80. www.letarmac.fr


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