La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Trahisons

Trahisons - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : DR Légende photo : « Trahisons : Au sein des mouvements et des dilemmes intimes. »

Publié le 10 novembre 2009

Mitch Hooper signe une version dense et dépouillée de Trahisons. Amenant Anatole de Bodinat, Delphine Lalizout et Sacha Petronijevic à explorer les ambivalences intérieures de leurs personnages, le metteur en scène parvient à faire naître, derrière les mots, la grandeur de l’écriture pinterienne.

Dans une critique d’avril 2008 (La Terrasse n°157), nous étions amenés à regretter que l’œuvre de Harold Pinter, négligée par les grandes institutions du théâtre public, ne fasse pour la plupart du temps l’objet, en France, que de lectures improprement réalistes, brouillonnes, sans hauteur et sans profondeur. La mise en scène de Trahisons présentée, depuis le début du mois d’octobre, au Théâtre Le Lucernaire vient apporter un joli contre-exemple à cette observation. Auteur et metteur en scène d’origine britannique, Mitch Hooper s’est emparé de la pièce de Harold Pinter de façon rigoureuse et pénétrante. Dans Trahisons, le lauréat du Prix Nobel de littérature 2005 dévoile, par le biais de neuf tableaux, des épisodes de l’existence de Robert (Sacha Petronijevic), de son épouse Emma (Delphine Lalizout) et de Jerry (Anatole de Bodinat), à la fois amant de l’une et meilleur ami de l’autre. Nous promenant à travers les creux et les pleins d’une temporalité éclatée, Harold Pinter nous propose de reconstruire un puzzle dont il livre seulement quelques pièces, pièces derrière lesquelles surgira un entrelacs de silences, de non-dits, d’ambivalences, de questionnements.

Le champ ouvert du temps et de l’humain

Nul besoin d’être un spécialiste de l’œuvre de l’auteur britannique pour se douter qu’il ne sera pas ici question de banales histoires de coucheries. Ce sont les mystères de l’âme humaine, les enjeux et les contradictions de nos sentiments, de nos passions, de nos désirs et de nos engagements que convoque Harold Pinter dans Trahisons. Cela, sans jamais dessiner en traits continus les arêtes dramaturgiques qui composent le cœur de sa pièce. C’est sans doute l’une des caractéristiques qui font la grandeur de ce théâtre. Cette manière de ne pas surligner, d’user de l’ellipse, de faire surgir et planer l’essentiel sans pour cela avoir besoin de le nommer. L’art pinterien réside là, dans cette faculté à faire naître l’invisible derrière le visible. L’appréhension scénique d’une telle œuvre nécessite une grande précision, une direction d’acteur sans faille. C’est ce qu’a réussi à réaliser Mitch Hooper. Plaçant ses comédiens au centre de son travail, le metteur en scène a donné corps à une représentation alliant finesse et authenticité. Une représentation qui révèle, sans jamais les schématiser, les voies multiples et incertaines de nos prospections intimes.
 
Manuel Piolat Soleymat


Trahisons, de Harold Pinter ; mise en scène de Mitch Hooper. Du 7 octobre au 28 novembre 2009. Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 17h. Théâtre Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris. Réservations au 01 45 44 57 34 ou sur www.lucernaire.fr

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