La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Terres !

Terres ! - Critique sortie Théâtre
Crédit : Émile Zeizig Légende : « L’image de la guerre face à celle de l’amour. »

Publié le 10 mars 2011 - N° 187

Nino d’Introna, metteur en scène et directeur du Théâtre Nouvelle Génération – CDN de Lyon, porte à la scène Terres ! de Lise Martin. Une jolie réflexion contemporaine et amère sur l’idée toute relative de propriété.

Un carré d’ombres cerné de lumière est arpenté en ses quatre côtés par deux nigauds à l’allure improbable, chemise blanche d’été et culotte courte avec un sac à dos jaune sur le dos – un petit fardeau pour le plus grand et un très lourd pour le plus petit -, voilà les figures de deux scouts attardés à la conquête de l’horizon. Kétal (Alexis Jebeile) mène à l’évidence les affaires assez brutalement, une carte géographique à la main ou plutôt un titre de propriété. Aride (Thomas Di Genova) ne fait que le suivre, s’esclaffant devant les paysages qui s’offrent à ses yeux : « Il va falloir que tu t’ouvres à la poésie des grands espaces vierges ». Des paroles qui ne font qu’agacer le prédateur en puissance que l’on devine en Kétal, un donneur d’ordres. C’est la dialectique du maître et de l’esclave dans des rapports de domination que Lise Martin, l’auteur de Terres !, décline à sa façon enfantine et élémentaire. Les lumières basculent et s’inversent, le terre-plein central éblouit le spectateur : une terre apparaît, une sorte d’île sauvage fantasmée pour espaces publicitaires d’agences de voyages. Le sable fin y est jaune et ses crêtes suivent une régularité circulaire digne du reflet des vagues et des marées océaniques qu’on ne voit pas, quoiqu’on puisse être aussi – pourquoi pas – en montagne : « Des arbres fruitiers ! une source ! J’ai tout donné à ce passeur et il ne m’a pas trahi…Nous allons vivre comme aux premiers jours de l’humanité. »
 
La chouette, le vent et la neige
 
Le panneau qui indique la propriété privée pourrait être un obstacle que franchit sans état d’âme l’impudent Kétal : «  Je suis seul avec toi. Cela signifie que je suis chez moi avec toi.» Au centre de l’image paradisiaque, un arbre unique est bien isolé ; il est d’ailleurs dupliqué en ombre chinoise grâce à un feuillage de lumière dans lequel vivent la chouette, le vent et la neige, figure féminine raisonnable (Sarah Marcuse) en métamorphose et en partance constantes. Cette jeune femme ne tient plus à s’attacher quiconque, mais la compagnie du jeune Aride ne lui est pas désagréable… Des bruits de bottes, et l’Autre (Maxime Cella) survient : il revendique à son tour la propriété privée des lieux… Nino d’Introna met en scène avec soin et délicatesse cette ode à la terre universelle, de même que les tensions provoquées par les volontés d’appropriation personnelle des territoires. Terre poétique ou terre paysanne, la terre promise offre un ailleurs parfois décevant aux sociétés lasses de trop d’urbanisation dans des villes chaotiques. La notion de frontière sépare les territoires, et elle mène souvent au conflit. Un proverbe dit : « Qui terre a, guerre a. » La Nature est joliment perçue comme espace de re-création et de tentative de bonheur dans le contact avec la terre, sans oublier les autres hommes.
 
Véronique Hotte


Terres !, de Lise Martin ; mise en scène de Nino d’Introna. Du 1er au 13 mars 2011, représentations scolaires et tous publics. Théâtre de l’Est parisien 159 avenue Gambetta 75020 Paris. Réservations : 01 43 64 80 80. Durée  : 1H Texte publié chez Lansman. À partir de 9 ans.

A propos de l'événement



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