La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Vincent Macaigne

Vincent Macaigne - Critique sortie Théâtre
Crédit : Vincent Macaigne Légende : « L’auteur, metteur en scène et acteur Vincent Macaigne. »

Publié le 10 mars 2011 - N° 187

La colère de la jeunesse

Après Idiot !, inspiré de Dostoïevski, l’auteur et metteur en scène Vincent Macaigne réinvente pour la troisième fois le spectacle Requiem. À 32 ans, voguant sous un vent favorable entre théâtre, arts plastiques et courts-métrages, le comédien retrouve cette pièce de jeunesse pour « rester vivant » et pour en éprouver l’incroyable énergie.

Requiem date de 1999, suivi d’une reprise en 2007 et d’une troisième version aujourd’hui. Pourquoi revenir à cette pièce ?
Vincent Macaigne : On peut parler de Requiem non comme d’une pièce d’improvisations, mais d’un écrit qui procèderait de la violence et de la colère, celles de la jeunesse, sans esprit potache – ce qui annulerait tout. La reprise en 2007 faisait de Requiem un spectacle nouveau. Aujourd’hui, avec les comédiens qui ne sont plus les mêmes et pour lesquels je réécris, l’exercice me paraît étrange et risqué, comme si je renouvelais le saut dans le vide ! La scène pourrait être « débordée », si la pièce était mal jouée. La pièce est mal écrite, mais pas au sens péjoratif ; elle est imparfaite, comme « trouée », et réclame par compensation toute l’énergie des comédiens qui vont l’habiter. 
« Requiem est une pièce monstre qui exige beaucoup d’énergie.»
 
Que raconte Requiem ?
V. M. : Deux frères se battent pour une couronne, une histoire grave et simple autour d’un père mort. Un frère doit abandonner les valeurs auxquelles il croyait pour obtenir le pouvoir, et trompe son frère avec l’épouse de celui-ci. La figure de la femme d’ailleurs est ambiguë. La réflexion touche à l’universel comme à l’intime de l’être. Que signifie souiller l’endroit de ses rêves et renier toute pureté et naïveté ? Cette thématique pourrait évoquer Hamlet de Shakespeare, si ce n’est que le père assassiné n’est pas forcément quelqu’un de bien et que l’oncle meurtrier pourrait être un honnête homme. Comment renonce-t-on à ses idéaux, comment dit-on non, comment y va-t-on malgré tout et comment s’en tire-t-on ? L’enjeu est de sauvegarder l’espoir et la colère de se battre et de se relever. Cinq comédiens plus un sixième font partie de l’aventure. Requiem est une pièce monstre qui exige beaucoup d’énergie.
 
Que signifie pour vous faire du théâtre ?
V. M. : Faire de l’art, c’est exprimer quelque chose. Je réalise des films, des courts-métrages et je fais le comédien ; toutes ces activités relèvent d’un même mouvement. Les spectacles provoquent la rencontre avec des êtres qui me consolent. Une répétition n’est pas un moment facile : elle exige de la générosité et du désir de la part des comédiens, qui sont de belles personnes. Le théâtre est de l’ordre du combat comme de l’étreinte. En créant du mouvement sur la scène et dans la salle, on échappe à l’inertie. Requiem sonne comme la fin d’une époque, c’est une oeuvre préparatoire à ma prochaine mise en scène, Hamlet.
 
Reprendrez-vous plus tard encore Requiem ?
V. M. : Peut-être. Je considère Idiot ! comme un véritable acte d’écriture et comme le spectacle le plus abouti du point de vue de la pensée. Avec Requiem (3), je suis revenu au point « zéro », il a fallu re-gravir la montagne en compagnie des comédiens pour que quelque chose renaisse. Telle est la condition de la vie et la survie. Mon besoin d’écrire est inépuisable…
 
Propos recueillis par Véronique Hotte


Requiem 3, écriture, conception visuelle et mise en scène de Vincent Macaigne. Du 1ER mars au 12 mars 2011, du mardi au samedi à 21h, matinées samedi à 15h30, Théâtre des Bouffes du Nord 37bis, bd de la Chapelle 75010 Paris. Réservations : 01 46 07 34 50

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