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Sylvain Maurice poursuit son compagnonnage artistique avec le comédien Vincent Dissez grâce à ce troisième seul en scène, version scénique de La Préparation du roman de Roland Barthes, où le théoricien cède la place à un narrateur qui se dévoile. Un admirable texte, qui exprime une immense passion pour la littérature et le désir d’inventer une Vita Nova.
Quel est cet ouvrage méconnu de Roland Barthes, dont les mots sont portés par le comédien Vincent Dissez ?
Sylvain Maurice : Après avoir créé avec Vincent Dissez Réparer les vivants de Maylis de Kérangal et Un jour, je reviendrai de Jean-Luc Lagarce, d’après L’Apprentissage et Le Voyage à La Haye, je suis très heureux que nous unissions à nouveau nos forces afin de créer ce monologue extraordinaire. J’aime cette forme qui permet au comédien de mettre en pratique toutes les nuances et toutes les audaces de son art. Le texte est issu de la dernière œuvre publiée de Roland Barthes, puisqu’il sera renversé quelques jours plus tard par une camionnette et décèdera le 26 mars 1980. Publiée aux éditions du Seuil, La Préparation du roman retrace deux séminaires au Collège de France (1978-1979 et 1979-1980), En premier lieu, il s’agit d’une étude des diverses manières dont plusieurs grands romanciers s’y prennent pour préparer l’écriture. Proust bien sûr, qu’il admire tant, mais aussi Flaubert, à qui il s’identifie lorsque ce dernier explique que quand il ne trouvait pas une phrase, « il marinait ». Il évoque aussi Kafka, Mallarmé, Pascal… Mais ces cours sont aussi et surtout l’occasion de quitter les habits du théoricien, du critique respecté et redouté. Roland Barthes s’y dévoile de manière bouleversante. Il se défait des codes de l’analyse et annonce qu’il initie une sorte de « conversion littéraire ». Il se tourne vers l’imagination, vers une forme d’immédiateté de la langue. Tout entier habité par la passion de la littérature, il désire entrer en écriture, inventer une Vita Nova, selon l’expression qu’il emprunte à Dante.
« Bien au-delà d’un cours théorique, ses mots agissent comme une leçon de vie, à un endroit de révélation à soi-même. »
Comment s’exprime cette volonté nouvelle ? Que signifie-t-elle ?
S.M. : Barthes s’adresse à ses étudiants. Sa parole très libre inscrit le théâtre au sein même de son cours. On va faire comme si, dit-il. Il postule un roman à faire. Il s’installe dans ce comme si, se met en jeu comme un des personnages de son théâtre, et ce à une période bien particulière. Il se trouve alors dans un moment de grande fragilité, car il vient de perdre sa mère, figure centrale dans toute sa vie. Ce projet d’écrire un roman l’extirpe de son état ténébreux, mais aussi du sentiment qu’il éprouve d’être enfermé dans sa production artistique et intellectuelle. Bien au-delà d’un cours théorique, ses mots agissent comme une leçon de vie, à un endroit de révélation à soi-même. Il fait référence à l’enfance, au monde féminin qui l’a entouré, aux auteurs qu’il chérit, à l’artisanat concret de l’écriture. On y découvre l’érudition de Barthes, l’acuité de sa pensée, mais aussi son humour, son hypersensibilité, son amour infini de la littérature. Il s’interroge. Suis-je de mon époque ? À travers la langue, qu’est-ce qui demeure vivant, qu’est-ce qui demeure actuel, devient inactuel ? Le cours et l’ébauche d’une nouvelle écriture semblent se confondre. Tout cela est très beau.
Propos recueillis par Agnès Santi
Du lundi au vendredi à 20h, samedi à 18h, relâche le 15 et le 18.
Tél : 01 43 62 71 20.
Durée : 1h.
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