La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Sylvain Creuzevault

Sylvain Creuzevault - Critique sortie Théâtre
Crédit visuel : Louis Garrel

Publié le 10 novembre 2007

Le Père tralalère, pour un théâtre de gestes vivants

Après Baal de Bertolt Brecht, les jeunes membres de la compagnie Le Théâtre D’ores et déjà créent Le père tralalère, un spectacle collectif questionnant le thème de la fuite des origines. Sylvain Creuzevault en signe la mise en scène.

Quels sont les fondements du processus de création collective du Père tralalère ?

Sylvain Creuzevault
: C’est un processus de travail qui revient à écrire collectivement un récit, à partir de suites d’improvisations, directement sur le plateau. Il n’existe pas de trace écrite de ce que nous accomplissons chaque jour, des recherches et des tentatives des comédiens, des discussions qui, suite aux improvisations, déterminent le point de départ de la séance de travail suivante. Il s’agit d’un processus de répétition par la parole et le plateau au sein duquel les comédiens sont en permanence aux aguets par rapport à un récit qui n’existe pas encore et qui, se construisant peu à peu, va finir par inventer un réel. Ce qui nous intéresse, c’est le mouvement de la répétition, le processus de répétition en soi.
 
Ce processus de répétition se poursuit donc, devant le public, après la période de préparation du spectacle…

S. C.
: Exactement. Nous ne croyons pas à un objet théâtral qu’il faudrait améliorer, dont il faudrait fignoler la forme afin de parvenir à une représentation finalisée. Nous ne croyons pas qu’il existe un résultat à atteindre, un objet à aboutir. Car cette façon d’envisager le théâtre, en arrêtant, en figeant le processus de répétition, revient finalement à le faire mourir. Nous, au contraire, nous essayons de le garder vivant, de le prolonger dans un mouvement qui n’a pas de point d’achèvement, un mouvement permanent qui commence sans public et qui continue avec lui tout au long des représentations. Cette façon de créer est, pour nous, une manière de combattre la notion de produit au théâtre.
 
Quel rôle jouez-vous, en tant que metteur en scène, au sein de ce processus collectif ?

S. C.
: D’abord, c’est moi qui ai proposé le thème de la fuite des origines. Ce thème, d’improvisations en improvisations, s’est dirigé vers l’univers de la famille, des conflits familiaux… Et puis, au fur et à mesure que le spectacle et le récit se construisent, j’agis comme une sorte d’œil extérieur.
 
« Ce qui nous intéresse, c’est le mouvement de la répétition, le processus de répétition en soi. »
 
Un œil extérieur qui, après chaque séance d’improvisation, parle de ce qu’il a vu, des directions vers lesquelles nous emmène ce qui a été inventé, des révélations qui s’opèrent sur le plateau. Car c’est la nécessité impérieuse de porter quelque chose au plateau qui révèle, chaque jour, le récit du Père tralalère.
 
Comment gérez-vous les éventuels conflits entre le réel du plateau et la structure naissante du récit ?

S. C.
: L’improvisation est une activité complètement indomptable. Parfois, elle fait partir le récit vers un chemin que nous n’avions pas du tout imaginé. A ce moment-là, je crois qu’il faut toujours prendre le parti de suivre le mouvement de l’improvisation plutôt que l’acquis du récit. Car le geste doit rester vivant, toujours, il ne doit pas mourir. Bien sûr, par la suite, comme je l’ai dit, nous discutons, nous analysons ce qui s’est passé. Car le fait que le récit s’invente, se constitue au plateau ne veut pas dire que nous ne soyons pas critiques par rapport au plateau. Le plateau nous révèle des choses, mais lors de nos discussions, la pensée prend aussi toute sa place.
 
Votre travail réside donc dans l’établissement d’une forme de dialectique entre le concret du plateau et l’analyse de la pensée…

S. C.
: Oui, une dialectique qui doit, comme je l’ai dit, rester vivante, mais aussi ne pas s’enfermer dans un réel inventé qui ne soit que le territoire des comédiens. Car, finalement, le danger est de travailler sur un mouvement qui ne soit plus reconnu que par les seules personnes appartenant au cercle de l’improvisation. Ce processus de répétition peut en effet facilement devenir un lieu privé, totalement déconnecté du reste du monde, un lieu « non regardable » par les autres. C’est la raison pour laquelle, en tant que metteur en scène, je tiens absolument à me situer en dehors de ce cercle-là, comme un élément étranger, cette position me permettant de vérifier que tout est bien perceptible et « regardable » de l’extérieur. Car je ne veux surtout pas que Le père tralalère ne parle que de la répétition, qu’il se réduise à une sorte de méta-répétition.
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


Le père tralalère, création collective du d’ores et déjà ; mise en scène de Sylvain Creuzevault. Du 29 octobre au 24 novembre 2007. Du mardi au vendredi à 21h00, les samedis à 15h00 et 21h00, relâches exceptionnelles les 9 et 10 novembre. Théâtre-studio, 16, rue Marcelin Berthelot, 94140 Alfortville. Réservations au 01 43 76 86 56.

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