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Théâtre - Entretien

Sylvain Creuzevault présente « Edelweiss [France Fascisme] » à partir de figures de la collaboration française des années 1940

Sylvain Creuzevault présente « Edelweiss [France Fascisme] » à partir de figures de la collaboration française des années 1940 - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de l'Odéon-Ateliers Berthier
© Jean-Louis Fernandez Photo de répétition de Edelweiss [France Fascisme]

Théâtre de l’Odéon - Ateliers Berthier / Texte et mise en scène de Sylvain Creuzevault

Publié le 23 août 2023 - N° 313

Avec huit acteurs et actrices, Sylvain Creuzevault s’empare dans Edelweiss [France Fascisme] de figures historiques de la droite nationale dans la France des années 40. Il les met en scène dans une comédie qui interroge les fondements du fascisme.

Après un cycle Dostoïevski et une adaptation du roman L’Esthétique de la résistance de Peter Weiss (1916-1982) avec le Groupe 47 de l’École du TNS, vous portez une écriture réalisée à partir de nombreux textes et autres matériaux, qui peut faire penser à certaines de vos pièces précédentes, comme Notre terreur (2009) et Banquet capital (2014). Pourquoi ?

Sylvain Creuzevault : J’ai voulu explorer le pendant inverse de L’Esthétique de la résistance, qui à travers l’histoire d’un jeune homme allemand traversant la période 1937-1945 traite de la résistance allemande. Dans Edelweiss [France Fascisme], nous sommes en France à la même période, côté fasciste. Des textes de différentes figures de la collaboration française – Doriot, Déat, Laval, Rebatet, Brasillach, Céline, Brinon… – nous ont servi avec les comédiens de matériau pour le spectacle. J’ai la sensation de travailler sur ce spectacle avec le procédé utilisé pour Notre terreur, mais avec l’expérience de la fiction acquise auprès de Dostoïevski et Peter Weiss.

Vous avez choisi de centrer votre spectacle sur une des figures citées plus tôt : celle de Lucien Rebatet. Quel intérêt présente-t-elle pour vous ?

S.C. : Parmi toutes les figures sur lesquelles nous travaillons, il est l’un des rares à avoir survécu. Il a été condamné à mort pour intelligence avec l’ennemi, sous l’article 75 du code pénal, mais il a été gracié et est resté en France. Il a aussi été l’auteur en juillet 1942 d’un livre, en fait un long pamphlet de 600 pages, qui a fait un tabac à l’époque. Antisémite, très critique du régime de Vichy, il est fortement engagé dans la collaboration avec le régime nazi.

« En farçant ce qui peut être dramatique ou tragique, nous disons notre confiance dans le spectateur »

Quelle relation les comédiens entretiennent-ils au plateau avec ces figures d’intellectuels d’extrême droite ?

S.C. : N’ayant pas vécu la période dont nous parlons, il était évident qu’il nous fallait l’aborder avec une certaine distance. C’est pourquoi nous n’avons gardé des personnes en question que le prénom : cela nous permet de les fictionner. L’acte de jeu s’impose alors, de même que la comédie. En farçant ce qui peut être dramatique ou tragique, nous disons notre confiance dans le spectateur. Car si nous sous-entendons que l’extrême droite de la Seconde Guerre mondiale peut être vue comme une source pour penser les temps d’après, nous ne portons dans la pièce aucun jugement sur les individus dont nous faisons entendre les mots et les idées. La grande instabilité, les multiples retournements de position de bon nombre des personnalités qui nous intéressent sont pour nous un passionnant moteur de jeu.

Vous intégrez aussi dans la pièce des éléments appartenant à l’histoire personnelle de certains comédiens.

S.C. : Certains sont en effet concernés de par leur histoire familiale par notre sujet. Le père d’Arthur Igual, par exemple, a évité la rafle du 11ème arrondissement en août 1941, et son grand-père a été déporté à Auschwitz. Nourrir notre travail d’éléments personnels comme ceux-ci est pour nous une manière d’éviter de dire des généralités sur l’une des périodes les plus traitées de l’Histoire de France. C’est aussi pour cela que j’ai voulu me plonger dans les écrits fascistes, quasiment absents de l’historiographie dominante. Pourtant, parler du fascisme est aussi parler de l’anti-fascisme…

Propos recueillis par Anaïs Heluin

A propos de l'événement

« Edelweiss [France Fascisme] »
du jeudi 21 septembre 2023 au dimanche 22 octobre 2023
Théâtre de l'Odéon-Ateliers Berthier
1 rue André Suarès, 75017 Paris

du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h, relâche le 24 septembre. Tel : 01 44 85 40 40.

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