La Terrasse

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Théâtre - Entretien

Stanislas Nordey

Stanislas Nordey - Critique sortie Théâtre
Stanislas Nordey

Publié le 10 mars 2008

Falk Richter : une trilogie politique fondée sur la guerre en Irak

Responsable pédagogique et artiste associé au TNB de Rennes, Stanislas Nordey s’attaque à l’écriture de Falk Richter, dramaturge à la Schaubühne de Berlin. Ce théâtre, tendance documentaire et d’intervention, est en prise sur l’actualité. Il évoque un état du monde faussé par la manipulation des médias. Nordey crée Sept Secondes, une charge contre l’Amérique de Bush, le premier volet d’une trilogie politique à travers la satire du langage télévisuel.

Comment vous êtes-vous arrêté aux pièces de Richter ?

S. N. :
J’ai monté avec les élèves de la dernière promotion de l’École de Rennes Gênes 01 de Fausto Paravidino. Pendant les répétitions, on travaillait sur la question d’un théâtre politique ou d’agit-prop. On s’est arrêté sur Sept Secondes, un court texte de Richter, la preuve que de jeunes auteurs dramatiques savent sortir de la fiction pour prendre à bras le corps la question du monde, en revisitant ce qu’ont fait leurs aînés dans les années 60. Cet auteur et metteur en scène, associé à la Schaubühne, construit une œuvre en menant un travail, Das System, composé d’une dizaine de pièces en résonance les unes avec les autres, fondé sur la question de la Guerre en Irak. Les débats se sont multipliés en  Allemagne sur la responsabilité d’entrer ou pas en guerre. C’est l’origine de l’écriture de Richter, avec cette phrase velléitaire de Gerhard Schröder : « Cette guerre défend notre manière de vivre. » Le dramaturge s’est interrogé sur ces propos raccourcis en opposition avec le monde arabe.    

Les textes qui composent
Das System sont des comédies et des farces courtes, à la cruauté mordante plutôt que compassionnelle.

S. N. :
Cet homme de son temps avec ses trente-cinq ans passés est au fait du mythe de 68, des performances, du Body Art, des BD d’un côté, et de CNN de l’autre. Face au flot d’images et d’informations, Richter avoue et revendique une écriture du chaos, de la confusion et du trop-plein, une façon de jouer avec la profusion.  Sept Secondes s’inscrit dans la saison de Jean-Michel Ribes, construite autour du Rire de Résistance. Ce parcours Richter est conçu avec l’équipe de comédiens de Gênes 01, Mohand Azzoug, Moanda Daddy Kamono, Julie Moreau et Margot segreto. Nous créons Sept Secondes au Rond-Point puis, trois semaines plus tard, Etat d’urgence au Festival de Monte-Carlo avant Das System au Festival d’Avignon pour la trilogie finale.
 
« Une critique acerbe de la manière dont les Américains perçoivent la guerre ou plutôt dont on la leur vend. »
 
Richter dénonce la société du spectacle et la mise en scène de la guerre par les médias et les films hollywoodiens.

S. N. :
La dramaturgie de Richter privilégie le cabaret, la harangue, le music-hall, des formes un peu décalées du théâtre habituel. L’acteur est sur le plateau, en rapport direct avec le public. Le sous-titre de Sept Secondes est Guerre pour préserver notre manière de vivre, une pièce lapidaire, à la croisée du théâtre politique et de l’agit-prop, un croquis, une esquisse à gros traits. Un pilote lâche sa bombe depuis son cockpit, stimulé par le jeu vidéo de son écran. Touché à son tour, son avion va s’abattre durant les sept secondes fatidiques avant l’écrasement au sol. En face, l’épouse du soldat est dans sa banlieue américaine moyenne, rivée à la TV, émerveillée par les beaux jeunes gens qui partent sur les porte-avions. C’est une critique acerbe de la manière dont les Américains perçoivent la guerre ou plutôt dont on la leur vend. Sur la scène, un chœur est présent, des commentateurs TV ou des scénaristes en train d’écrire sur la Guerre en Irak.

État d’urgence est la deuxième pièce courte…

S. N. :
Ce deuxième volet relève plutôt du roman d’anticipation. Richter s’empare d’une situation connue, puis il la grossit. État d’urgence donne à voir deux personnes, sans doute immigrées et vivant à peu près en sécurité dans un pays étranger mais sous la menace permanente d’une expulsion. À l’intérieur de ce regard sur « Notre manière de vivre », État d’urgence s’intéresse à ceux qui ne sont pas tout à fait blancs, ni tout à fait français ni tout à fait allemands… Quelles sont les craintes de ces gens-là ? Comment sont-ils à la recherche d’une intégration pour ne pas être rejetés ?

Au Festival d’Avignon, vous présenterez le fameux
Das System, la matrice de l’œuvre.

S. N. :
Cette troisième pièce jongle entre le pamphlet à la première personne et des bribes de journal que Richter va réactualiser pour nous. La scénographie des deux premiers volets, Sept Secondes et État d’urgence, est réversible, avec d’un côté l’Amérique moyenne et de l’autre, les marginalisés. Mais pour le corpus de Das System, je réinventerai l’ensemble du spectacle.
Propos recueillis par Véronique Hotte


Sept Secondes (In God we trust)
De Falk Richter, mise en scène de Stanislas Nordey, du 18 mars au 27 avril 2008 à 20h30, dimanche 15h30, relâche lundi, le 23 mars et du 6 au 14 avril au Théâtre du Rond-Point 2bis avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris Tél : 01 44 95 98 21 www.theatredurondpoint.fr
Etat d’urgence ( Nothing hurts)
Les 8, 9 et 10 avril 2008 à 20h30 au Théâtre des Nouveautés du Printemps des Arts de Monte-Carlo.
Das System

Du 14 au 22 juillet 2008 à la Salle Benoît XII au Festival d’Avignon.

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