La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Sopro de Tiago Rodrigues

Sopro de Tiago Rodrigues - Critique sortie Théâtre Malakoff Théâtre 71
Sopro, une pièce merveilleuse entre l’art et la vie. Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Texte et mes Tiago Rodrigues

Publié le 21 juillet 2020 - N° 286

Œuvre magistrale, Sopro de Tiago Rodrigues s’est construite autour de la personne de Cristina Vidal, souffleuse historique du Teatro Nacional D. Maria II à Lisbonne. Une ode bouleversante à la magie et au mystère du théâtre.

A l’heure où respirer ensemble signifie une possible contamination d’un virus imprévisible, Tiago Rodrigues et les siens nous rappellent de manière époustouflante et ô combien émouvante que respirer ensemble signifie aussi de belles choses pour la communauté assemblée. Sopro désigne le souffle en portugais. Le souffle des fantômes du passé qui ne sont jamais tout à fait morts, surtout sur les scènes des théâtres, celui de l’art qui se transmet d’un être à l’autre, celui du dialogue qui chérit le doute plutôt que les certitudes, celui de la mémoire qui se fonde sur le particulier et révèle l’universel, celui qui entremêle subtilement l’art et la vie, la scène et les coulisses, celui enfin d’une souffleuse, dans l’ombre, invisible, qui sans relâche secourt les comédiennes et comédiens en panne de texte. Sopro s’est en effet construit autour de la mémoire et de la personnalité de Christina Vidal, souffleuse pendant une trentaine d’années au Teatro Nacional D. Maria II à Lisbonne, institution prestigieuse dirigée par Tiago Rodrigues depuis 2014. Après avoir hésité, elle s’est laissé convaincre par le metteur en scène et a accepté de monter sur scène. Le métier de Cristina est menacé de disparition, comme le théâtre qui tient lieu de décor. Simple vestige, son plancher brut laisse néanmoins croître l’herbe pas si folle que ça, comme peut-être de fragiles roseaux pensants, nourris de souvenirs, de chagrins et de joies.

Du très grand art !

En compagnie de trois comédiennes et deux comédiens – Isabel Abreu, Beatriz Bras, João Pedro Vaz, Sofia Diaz et Vítor Roriz, qui tous deux furent les impressionnants interprètes d’Antoine et Cléopâtre -, Cristina agit comme une maîtresse de cérémonie qui tient à maintenir une forme de discrétion, en arrière-plan. Textes à la main, lunettes sur le nez, elle se fait gardienne secrète de la parole théâtrale, saluant Bérénice, Les trois Sœurs, L’Avare ou encore la poignante chanson Wild is the Wind… Ces paroles patrimoniales que le théâtre rend à la vie croisent aussi des mots et sentiments plus personnels, des anecdotes liées au lieu même du théâtre ou aux personnes, sans que jamais le spectateur ne soit laissé à part. L’alchimie fonctionne à merveille, grâce aux relations qui se nouent, à la qualité humaine et sincère de ce temps partagé. Ancré dans les mots et les silences, articulé par le jeu savamment dosé conjuguant les paroles, les corps et les regards, dont certains se perdent, le souffle de la pièce touche profondément. Comme souvent dans ses œuvres, Tiago Rodrigues parvient à créer une écriture limpide, belle et singulière, qui à la fois raconte une histoire et constitue une réflexion en actes sur le mystère du théâtre. L’essentiel advient lorsque naît le jeu : Cristina et les comédiens font vivre une partition bouleversante qui magnifie et célèbre le souffle poétique du théâtre. Du très grand art !

Agnès Santi

A propos de l'événement

Sopro
du Mercredi 7 octobre 2020 au Jeudi 8 octobre 2020
Théâtre 71
3 place du 11 novembre, 92240 Malakoff.

Tél : 01 55 48 91 00. Durée : 1h45. Spectacle vu lors de sa création au Festival d’Avignon 2017. Spectacle présenté dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.


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