La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Sodome, ma douce

Sodome, ma douce - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de Belleville
Crédit photo : DR Légende photo : Valérie Lang, d’une souveraine justesse.

Critique
Théâtre de Belleville
Laurent Gaudé / mise en scène Stanislas Nordey

Publié le 26 novembre 2012 - N° 204

Valérie Lang porte à l’incandescence la poésie sensuelle de Laurent Gaudé.

« Je suis là, parmi vous. Je suis la dernière fille de Sodome. Vous l’aviez oubliée depuis longtemps. Je souris. Ecoutez, écoutez, la pluie tombe et je reviens à la vie. » murmure « Celle de Sodome ». Lentement, elle renaît sous la caresse intime de l’eau qui filtre sous le sel ennemi rongeant son corps enseveli depuis des siècles. Elle raconte, goutte à goutte, les plaisirs suaves de son pays d’avant le massacre, la gaité folâtre des cœurs, puis la traque patiente de l’ennemi autour de la ville, l’insidieuse contagion par l’amour vérolé et l’anéantissement de son peuple sous la haine. Laurent Gaudé tend son récit sous la menace d’un danger à venir, le trame d’une langue charnue qui ne craint pas la volupté, ni la maladie et ses charniers putrides, qui dit aussi le châtiment fait aux femmes. L’atrocité de la guerre, la barbarie tranquille des fanatismes, la violence roide des combats comme souvent aiguisent sa plume, qui taille ici à vif dans la légende biblique. « Le théâtre de Laurent Gaudé est politique avec force et sans didactisme. » pointe le metteur en scène, Stanislas Nordey.

 

Magnétique

 

Guidée par son grand complice et sertie dans la scénographie d’Emmanuel Clolus, la comédienne Valérie Lang glisse dans les paroles brûlantes de cette rescapée des jours d’ivresse, qui deviendra ange exterminateur par séduction pour perpétuer le souvenir de la sensuelle Sodome. Elle émerge de la nuit, parle du lointain des âges, offre son corps nu à la pénombre dorée par le feu du désir. Debout, figée en caryatide, les bras tendus vers le ciel, elle fait vibrer chacun des mots d’une voix chaude, et rauque, et douce, fait vivre la cité bienheureuse, l’agonie d’une civilisation ravagée, détruite par la peste noire des amants. Souveraine, magnétique, Valérie Lang donne chair à la poésie charnelle de Laurent Gaudé. Comme rarement.

 

Gwénola David

A propos de l'événement

Sodome, ma douce
du Mardi 20 novembre 2012 au Dimanche 30 décembre 2012
Théâtre de Belleville
94, rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris
Jusqu’au 30 décembre 2012, les vendredis et samedis à 19h, dimanches à 15h. Tél. : 01 48 06 72 34. Durée : 55 mn. Texte publié par Actes Sud-Papiers.
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