La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Philippe Malone

Septembres : la fabrique de l’inhumain

Septembres : la fabrique de l’inhumain - Critique sortie Avignon / 2009

Publié le 10 juillet 2009

En une seule phrase sans ponctuation, Philippe Malone met à nu le parcours d’un enfant dans une ville détruite par la guerre et le surgissement de la barbarie. Les mots de Jean-Marc Bourg et les sons de Franck Vigroux s’entrelacent en une matière rythmique constitutive du spectacle.

Septembres décrit le parcours d’un enfant dans une ville dévastée où la guerre a semé la destruction. Pourquoi un enfant ?
Philippe Malone 
: Les premiers mots à l’origine du projet furent ceux d’un enfant, dans un pays en guerre. Etaient décrits son quotidien, la découverte de la ville et son jeu avec le ballon au milieu des décombres. Peu à peu s’est installé le propos, à savoir la fabrique de l’inhumain en temps de guerre. La présence de l’enfant devenait indispensable, car je voulais aborder la barbarie par le biais du quotidien, de l’insignifiant, de l’imperceptible et de l’innocence. Septembres fait donc entendre la voix intérieure d’un enfant, qui sort de sa chambre, traverse les ruines de sa ville, gravit la colline et parvient au sommet sous les bombardements. Sa descente est une métamorphose en un jeune homme qui pourrait devenir poseur de bombes.

 « Je voulais aborder la barbarie par le biais du quotidien, de l’insignifiant, de l’imperceptible et de l’innocence. »

Quel style littéraire avez-vous adopté pour parler de la barbarie ?
P.M. : Après le choix de l’enfant se posait celui de la forme du récit. Il ne m’est possible d’écrire qu’à l’intérieur d’enjeux littéraires spécifiques, renouvelés pour chaque projet. La question du souffle était alors primordiale : un souffle d’enfant que je voulais étirer sur toute une journée, avec ses saccades, ses heurts et retenues, ses étirements et répétitions. La phrase unique et sans ponctuation s’imposa comme nécessité. C’est à l’intérieur même de la langue que devait se rejouer la violence de la situation. La guerre devait entrer dans la langue, quitte à la faire exploser lors des bombardements. Mais la phrase unique devait être aussi l’enjeu d’une lutte contre la barbarie. C’est pourquoi à l’explosion de la syntaxe s’oppose la poésie d’une langue traversée par Darwich, Celan ou Jabès. Septembres devient ainsi un hommage en forme de long poème à ce qui lutte contre la barbarie.

Quel est le rôle de la création sonore de Frank Vigroux dans le spectacle mis en scène par Michel Simonot et interprété par Jean-Marc Bourg ?
P. M. : La musicalité, la rythmique sont des enjeux majeurs de mon écriture. Michel Simonot, le metteur en scène, a, donc conçu un spectacle qui naît du tissage sur le plateau des mots et de la musique, de la complicité entre un acteur et un musicien, et dont l’espace sonore est la scénographie. La voix, le son sont la matière même du spectacle. Michel Simonot et Jean-Marc Bourg étaient associés dès le début à l’origine du projet. L’écriture s’est donc faite avec Jean-Marc à l’esprit. C’est un défricheur de littérature et un immense acteur, ainsi qu’un metteur en scène connu pour son travail autour de l’écriture contemporaine. Le musicien Franck Vigroux est quant à lui performeur et poly-instrumentiste. On le retrouve aussi bien dans les musiques improvisées que rock ou électroniques. Tous deux sont présents, ensemble, sur le plateau nu. Le comédien joue sur toutes les modulations, amplitudes, harmonies que lui permet l’amplification de la voix. Le compositeur-musicien intervient en direct, en dialogue avec le comédien, pour dessiner les contours de diffusion de la voix. Il diffuse du son, le travaille et le transforme. Le comédien et le compositeur font ainsi naître ensemble le texte en temps réel, dans l’esprit d’une performance qui nous fait voyager en direct dans l’espace et le temps du récit.

Propos recueillis par Agnès Santi

 Septembres de Philippe Malone, mise en scène Michel Simonot, du 19 au 21 juillet à 21h30 à la Chartreuse, 58 rue de la République à Villeneuve-lez-Avignon. Tél : 04 90 15 24 45. Texte publié aux Editions Espaces 34.

A propos de l'événement



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