La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Semianyki (La Famille)

Semianyki (La Famille) - Critique sortie Théâtre
« Semianyki (La Famille) par le Teatr Licedei : l’humour tendre et poétique d’une famille russe empêtrée dans le méli-mélo de son quotidien. »

Publié le 10 juin 2007

Cette mère, ce père et leur progéniture ont de la tendresse à revendre. De la
tendresse et une certaine dose de folie burlesque. Entre feintes de clowns
contemporains et saynètes de personnages de cartoon, Semianyki creuse les
codes de l’enfance et dessine les récifs existentiels d’un monde dans lequel il
peut parfois se révéler ardu de trouver sa place.

Alexander Gusarov (le père), Olga Eliseeva (la mère), Marina Makhaeva (la
fille aînée), Yulia Sergeeva (la cadette), Kasyan Ryvkin (le fils aîné), Elena
Sadkova (le bébé). Ils sont Russes. De Saint-Pétersbourg. Ils forment la seconde
génération du Teatr Licedei, une génération qui assume et réinvente l’héritage
de cette troupe de clowns contemporains créée par Slava Polunine, en 1968. Le
verbe rare, le geste abondant mais précis, la grimace expansive, le clin d’œil
facétieux : ces six figures à la fois sensibles et burlesques sèment les jalons
d’un spectacle dont l’originalité repose principalement sur une forme de
délicatesse et de rêverie poétiques. Car si Semianyki multiplie les
sources d’inspiration et les modes artistiques (mimes, effets sonores et
visuels, numéros issus du clown traditionnel, interactions avec le public,
envolées loufoques…), c’est avant tout la faculté de ces artistes russes à
engendrer, progressivement, l’empathie et l’attachement à l’égard de leurs
personnages qui scelle et impose l’étonnante réussite de ce spectacle.

Une suite de tableaux extravagants et délicats

Ainsi, évoluant à l’intérieur du cadre traditionnel du clown contemporain,
cette suite de tableaux parfois saugrenus, souvent sensibles et déjantés, ne
travaille ni à l’endroit de la surenchère technique, ni à celui d’un quelconque
diktat de la perfection. Et c’est sans doute là, dans cette forme de joyeuseté
sans emphase, sans une once d’arrogance, que germent toute la saveur et toute la
profondeur de cette représentation aux accents artisanaux. Une saveur et une
profondeur qui s’appuient sur des contre-jours socio-poétiques venant mettre en
perspective les bouffonneries de cette drôle de cellule familiale. Car
Semianyki
rejoint le destin incertain d’un père alcoolique, d’une mère
enceinte soumise à l’épée de Damoclès d’un abandon conjugal, d’une fratrie à
l’intérieur de laquelle se joue une conquête tumultueuse de la reconnaissance et
de l’individualité. Drôles, touchants, désarmants de maladresse, de cruauté ou
de naïveté, ces clowns tendres et impétueux évoquent les creux et les pleins
d’un monde au sein duquel une famille – malgré tous les aléas du quotidien –
parviendra à grandir.

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