La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Sans Faim et Sans Faim 2

Sans Faim et Sans Faim 2 - Critique sortie Théâtre
Une famille apparemment bienheureuse sous le regard du public

Publié le 10 avril 2008

Pénétrant dans la quiétude familiale, Hubert Colas offre la vision d’un monde tragiquement déréalisé. Une scénographie dont la splendeur formelle accentue la déception du propos scénique.

En 1997, le réalisateur Michaël Hanecke raconte dans Funny Games la destruction froide et méthodique d’une famille autrichienne par deux jeunes gens tranquilles. La saga dramaturgique de Hubert Colas Sans Faim & Sans Faim 2, composée de deux pièces que sépare le meurtre de la mère, dénonce pareillement la déréalisation de la violence mais aussi celle  des sentiments : « Je déteste ce monde autant que ce monde me déteste. » Ce qui est vilipendé, c’est la déréalisation aseptisée du monde moderne, une société à travers laquelle les identités se perdent dans l’accumulation bourgeoise des objets, sans désir et même sans besoin. Les êtres sont coupés de la réalité et en viennent à s’amuser à tuer pour approcher de près la mort, ses tensions violentes et ses souffrances, allant jusqu’à prendre plaisir à la retarder encore.  L’un des assaillants ordonne : « Il faut que tout le monde mange ou que personne ne mange. Alors je vais tuer tout le monde … ceux qui mangent … ceux qui mangent trop… » L’autre interroge sur sa vie sexuelle l’un des membres de la famille. N’a-t-il jamais pensé à tuer père, mère, frère, sœur ?

Un cauchemar dont on ne peut s’échapper sans en avoir ressenti le malaise
Voilà une expérience métaphysique pour les personnages assaillis comme pour le spectateur auxquels est offert un voyage dans l’horreur ordinaire, un cauchemar dont on ne peut s’échapper sans en avoir ressenti le malaise. Sous l’air de Daydream des Wallace Collection, la catastrophe advient dans ce charmant tableau d’un couple de parents, de leurs enfants, ces derniers doublés encore d’un frère et d’une sœur « pas nés ». Hubert Colas joue avec les probabilités de scénarii possibles, les mises en situation virtuelles des personnages, leur échange de rôle et de sexe, donnant à voir l’art de la création dans tous ses états. Les deux criminels en puissance – des Dupont et Dupont de Tintin – sont finalement un trio de pantins numérisés sortis de Matrix, une chorégraphie de silhouettes masculines burlesques, chaussures pointues et arme à la main. La scénographie est soignée, un intérieur esthétisant que protège une vitre transparente à vue. Le mobilier est fait de bois naturel comme s’il attendait d’exister d’un souffle de vie ou de couleurs revenues. Mais la scène reste made in death, faute de battements cardiaques chez ces âmes en souffrance. À trop vouloir ironiser sur les thèmes éculés de la famille et de la sexualité, ne subsiste qu’une parole vidée de sa subversion.
Véronique Hotte


Sans Faim & Sans Faim 2
Texte, mise en scène de Hubert Colas, du 20 mars au 19 avril 2008, du mercredi au samedi 20h, mardi 19h30, dimanche 15h au Théâtre National de la Colline 15, rue Malte-Brun 75020 Paris Tél : 01 44 62 52 52 www.colline.fr

Textes publiés chez Actes Sud-Papiers

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