La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

S’agite et se pavane

S’agite et se pavane - Critique sortie Théâtre
Photo : Copyright Brigitte Enguerand La mort debout (Violaine Schwartz) attend Carl (Marc Berman).

Publié le 10 décembre 2008

Célie Pauthe pénètre dans les méandres joyeux et amers de la création artistique à la lisière de la folie bergmanienne. Un tableau magistral dont on attend un rythme dramatique plus soutenu.

Ingmar Bergman connaît ses classiques, Strindberg, Ibsen, Shakespeare. L’influence théâtrale sur son cinéma est vécue comme une expérience collective avec groupes d’acteurs et de techniciens, figures hantées de forains et de bateleurs. « La vie n’est qu’un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s’agite une heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus » : ainsi parle Macbeth,que le cinéaste suédois a monté à trois reprises et dont il s’inspire pour le titre de sa pièce, S’agite et se pavane, qui est aussi une création télévisuelle, En présence d’un clown (1998). L’Oncle Carl dont les nerfs sont fragilesest l’un des personnages-clé de l’œuvre de Bergman. Ici, dans le texte, reclus dans un asile psychiatrique d’Uppsala en 1925, Carl Akerblom (Marc Berman truculent de feu intérieur), pionnier du cinéma parlant, entraîne avec lui des amis proches pour tourner un film sur la fin viennoise de Franz Schubert. À Granäs, dans le local où se prépare la projection, «  un projet commun contre le chaos et la dissolution », une panne électrique survient. Les acteurs passent aussitôt de l’autre côté de l’écran pour mener l’intrigue à son terme sur des planches de théâtre. Si l’on veut arpenter les rêveries, ces « régions sans limites des ombres mystérieuses et oniriques », il suffit d’un plateau de bois, de voiles que l’on hisse, de rideaux, de lanternes et les flammes tremblantes d’un piano de bougies.

La scène distille une attention soignée à l’atmosphère du Nord

Commence dès lors un Voyage d’hiver schubertien sous un vent glacial venu des landes enneigées et des bouleaux attristés. La création, l’amour, la solitude et la déraison siéent au talent de Célie Pauthe. La scène distille une attention soignée à l’atmosphère du Nord, à l’écoute des battements du cœur et des divagations ferventes d’Akerblom, rattrapé et aliéné par un imaginaire fantasque de rêves, de sensations et d’obsessions qui l’engloutissent. La mort est sa partenaire sous l’apparence d’un clown blanc féminin, la belle chanteuse lyrique Violaine Schwartz, figure tragi-comique, sensuelle et lascive, sodomisée par celui qu’elle destine au néant. La Joie de la fille de joie est « le premier film parlant vivant de l’histoire de la cinématographie » dont Carl est l’inventeur. On y parle de souffrance intime sublimée par l’élan d’un songe. Cette scénographie raffinée à vocation picturale est d’étoffe mélancolique, un rappel tchekhovien de théâtre dans le théâtre, un écho à La Mouette. Malgré une dramatisation étirée qui ne stimule pas toujours les attentes, les comédiens sont admirablement engagés.

Véronique Hotte


S’agite et se pavane

D’Ingmar Bergman, mise en scène de Célie Pauthe, du 14 au 21 novembre et du 11 au 20 décembre 2008 à 20h, mardi et jeudi 19h30, dimanche relâche, au Nouveau Théâtre de Montreuil 10, place Jean-Jaurès 93100 – Montreuil Tél : 01 48 70 48 90 www.nouveau-theatre-montreuil.com

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