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Avignon - Entretien Jean-Baptiste Sastre

Richard II : un roi qui découvre qu’il est un homme

Richard II : un roi qui découvre qu’il est un homme - Critique sortie Avignon / 2010

Publié le 10 juillet 2008

Dix ans après avoir mis en scène Tamerlan le Grand de Christopher Marlowe, Jean-Baptiste Sastre revient au théâtre élisabéthain avec La Tragédie du roi Richard II de William Shakespeare. Un spectacle traversé par l’écriture de Frédéric Boyer et interprété, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, par Axel Bogousslavsky, Pascal Bongard, Denis Podalydès, Nathalie Richard, les écrivains Jean Echenoz et Pierre Michon…

Quel sens donnez-vous à votre envie de mettre en scène, aujourd’hui, La Tragédie du roi Richard II ?
Jean-Baptiste Sastre : Comme c’est souvent le cas, cette envie a pris corps autour d’une suite de rencontres, d’échanges, de désirs partagés… C’est vraiment un ensemble de circonstances éclatées qui m’a mené, comme naturellement, vers l’aboutissement et la concrétisation de cette envie de mettre en scène Richard II. Un séjour de recherche sur le théâtre élisabéthain effectué à Londres dans le cadre du programme de résidence Villa Médicis Hors les Murs de Culturesfrance ; un magnifique rôle de reine pour Nathalie Richard ; la rencontre avec Frédéric Boyer et Sarkis (ndlr, qui signe la scénographie du spectacle) qui se sont tous les deux révélés très attirés par l’œuvre de William Shakespeare ; le désir de travailler une nouvelle fois avec Denis Podalydès… Tout cela a fini par tracer un chemin spontané aboutissant à ce spectacle pour le Festival d’Avignon.
 
« Montrer un roi non-roi persécuté par sa propre souveraineté. »
 
Quel regard portez-vous sur le personnage de Richard II ?
J.-B. S. : Shakespeare présente un souverain qui découvre qu’il est un homme, mais également que dans tout homme il y a un souverain. Richard II a souvent été présenté comme un roi faible, un roi dispendieux, un roi qui abdique, qui laisse tout aller à vau-l’eau. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de montrer un roi non-roi persécuté par sa propre souveraineté, un homme ordinaire, un homme qui se dépouille. J’aimerais que les spectateurs puissent avoir accès à toutes les dimensions de cet être complexe et multiple.
 
Pourquoi avoir demandé à Frédéric Boyer d’écrire une nouvelle traduction de cette pièce ?
J.-B. S. : La rencontre avec Frédéric Boyer s’est imposée à moi comme une évidence. Nous avons parlé de Shakespeare, de l’acte de traduction… Après cela, il m’a semblé naturel de lui proposer d’écrire une nouvelle traduction de Richard II. Frédéric s’est emparé de cette pièce de façon très personnelle, sans chercher à rentrer dans un cadre, en faisant entendre la musique de sa propre écriture.
 
Comment pourriez-vous caractériser cette musique ?
J.-B. S. : Comme l’a dit Victor Hugo, la traduction est une annexion. Frédéric Boyer est véritablement parvenu à faire sienne la pièce de Shakespeare. Il a réussi à lui donner quelque chose d’athlétique en créant une langue directe, contemporaine. Une langue à travers laquelle Richard II se présente comme un long poème en prose, un poème teinté d’une gravité enfantine et sauvage.
 
Propos recueillis par Manuel Piolat Soleymat


 
Festival d’Avignon. La Tragédie du roi Richard II, de William Shakespeare (texte français de Frédéric Boyer, Editions P.O.L.) ; mise en scène de Jean-Baptiste Sastre. Du 22 au 25 juillet 2010 à 22h. Cour d’honneur du Palais des Papes. Tél : 04 90 14 14 14.

A propos de l'événement



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