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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Angelin Preljocaj

Retour à Berratham

Retour à Berratham - Critique sortie Avignon / 2015 Avignon Cour d’honneur du Palais des Papes
Crédit Photo : Jorg Letz Légende photo : Angelin Preljocaj

Cour d’honneur / Texte Laurent Mauvignier / Chorégraphie et mise en scène Angelin Preljocaj

Publié le 26 juin 2015 - N° 234

Un homme revient du lointain de la guerre, chez lui, et ne trouve qu’une humanité défigurée. Dans Retour à Berratham, création pour la Cour d’honneur, le chorégraphe Angelin Preljocaj s’est allié à l’écrivain Laurent Mauvignier et au plasticien Abdel Abdessemed pour composer une tragégie épique contemporaine.

Vous retrouvez Laurent Mauvignier, après Ce que j’appelle oubli en 2012. Qu’est-ce qui a attisé le désir d’approfondir votre collaboration, de poursuivre ce dialogue entre la danse et la langue ?

Angelin Preljocaj : Laurent Mauvignier est un compositeur de mots. Qu’il s’empare du quotidien, d’un fait divers ou d’un épisode historique, il développe une narration qui joint le récit et le ressenti intérieur, l’intime et le sociétal. Son écriture procède par circonvolutions, qui peu à peu creusent la surface du réel, pénètrent dans la chair des êtres et font grandir l’émotion. Elle dégage aussi une musicalité particulière. Son art de la composition questionne ma propre écriture chorégraphique. Après Ce que j’appelle oubli, pièce que j’ai conçue sur un monologue existant, j’avais envie d’approfondir l’interaction entre nous dans le processus de création pour chercher comment articuler le langage et le mouvement humain, pour inventer une forme hydride qui soit pas seulement de la danse, du théâtre, ou du théâtre dansé. J’ai donc passé commande d’un texte à Laurent.

Que symbolise Berratham ?

A. P. : Cette ville imaginée, riche d’évocations par ses consonances, représente la blessure, à la fois collective et intime. Elle désigne le lieu physique et l’espace mental où la population panse et pense ses plaies. Après la guerre, un homme revient dans son pays d’enfance qu’il espère retrouver comme avant. Or lui a changé, les gens aussi, car ils ont vécu. Ce retour révèle la transformation qui s’est opérée. L’onde vibratoire du conflit perdure dans les corps, dans les esprits, dans les espaces. Tout comme d’ailleurs la muraille du Palais de papes porte son histoire mais aussi celle du Festival d’Avignon.

Le thème de la guerre traverse plusieurs de vos pièces. Comme une obsession jamais épuisée ?

A.P. : La guerre suspend le cours de la civilisation, elle libère des comportements, fait sauter des verrous dans les consciences et laisse le champ libre aux pulsions les plus barbares. Elle fait des trous dans notre humanité, qui subsistent après la bataille, même chez les victimes. Cette déchirure se répand comme une tache et menace la survie du groupe. Le texte de Laurent Mauvignier touche la vérité de la violence sans tomber dans l’obscénité du voyeurisme. C’est sans doute la force des rituels que propose l’art vivant que de transcender notre fond archaïque pour nous permettre d’accéder à l’état de culture et de penser le monde.

« Le texte, par ses rythmes, ses sonorités, ses vibrations, est ma principale musique. »

Comment élaborez-vous la matière chorégraphique ?

A. P. : Le texte, par ses rythmes, ses sonorités, ses vibrations, est ma principale musique. Il est porté par un chœur qui fait surgir certaines scènes du passé. La parole circule entre les acteurs et les danseurs, qui, plus que des personnages, incarnent des figures. La danse naît des corps chargés de l’émotion du verbe, de sa résonnance, lors d’improvisations. La chorégraphie se dessine dans un tressage très complexe entre les gestes et les mots pour trouver des correspondances signifiantes. Elle n’est pas illustration, ni allégorie, mais travaille sur la sensation, sur la poétique de la phrase.

 

Entretien réalisé par Gwénola David

A propos de l'événement

Retour à Berratham
du Vendredi 17 juillet 2015 au Samedi 25 juillet 2015
Cour d’honneur du Palais des Papes
Palais des Papes, Place du Palais, 84000 Avignon, France

Festival d’Avignon. . 


à 22h, relâche le 21. Tél : 04 90 14 14 14.  


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