Théâtre - Critique

Reconstitution

RECONSTITUTION. Texte, mise en scène, scénographie, lumières: Pascal Rambert. Avec Véro Dahuron et Guy Delamotte. Panta Théâtre, Caen. 16 03 2018 ©Tristan Jeanne-Valès

Théâtre de l’Aquarium / Texte et mes Pascal Rambert

Pour Guy Delamotte et Véro Dahuron, fondateurs du Panta-théâtre à Caen, Pascal Rambert a écrit Reconstitution. Un rituel beau et touchant, qui interroge l’amour au sein du couple. Et la place du théâtre dans l’intime.

L’amour, la rupture, le théâtre. Par la manière dont sont liés ces trois thèmes dans Reconstitution, on reconnaît d’emblée l’écriture de Pascal Rambert. Son goût du contraste. Du mélange d’artifice et de trivialité. Nu et recouvert d’adhésif blanc, le plateau évoque d’ailleurs le fameux Clôture de l’amour (2011), où Audrey Bonnet et Stanislas Nordey questionnaient le couple comme on se lance dans un triathlon : le corps et les sentiments soumis à des efforts intenses et variés. Prêts à tout pour en découdre avec le discours amoureux. Fondateurs du Panta-théâtre à Caen, compagnie et lieu alternatif centré sur les écritures contemporaines, la comédienne Véro Dahuron et le metteur en scène Guy Delamotte – qui fait là sa première expérience en tant qu’acteur – se livrent à un exercice similaire. En jean et survêt’, les deux artistes interprètent en effet un texte que Pascal Rambert a écrit pour eux. Un dialogue entre un homme et une femme qui se sont aimés puis séparés. Et qui décident de se retrouver pour « remettre leur présent en ordre en repartant dans leurs années de jeunesse ». Ils ont pour cela imaginé une sorte de rituel. Une tentative de reconstitution du moment de leur rencontre, des années plus tôt. Avec les nombreux silences qui s’invitent au cœur des retrouvailles, la préparation de la cérémonie et la parole composent une partition sensible. À l’écart des chemins grandiloquents que prend parfois le théâtre de Pascal Rambert.

Rituel pour la fin d’un amour

L’espace et les règles du jeu sont définis d’emblée. « On n’a qu’à mettre nos portables dans cette boite comme ça on est bien », dit Véro Dahuron. Ainsi coupée du monde, la parole qui se déploie dans Reconstitution suit une logique singulière. Celle du couple brisé par la décision – ou la lâcheté – de l’homme et par la maladie de la femme. Par le temps qui passe et transforme les plus beaux moments en photographies entassées dans des cartons. En toutes sortes d’archives dont est pleine l’une des grandes trois tables métalliques qui donnent à la scène des allures de laboratoire. Si Guy Delamotte affirme avoir loué une salle de théâtre pour l’occasion, la mise en abîme est plus discrète que dans Une Vie et Actrice, les dernières pièces de Pascal Rambert. Concrète, elle passe avant tout par la manipulation des objets nécessaires au rituel. Des bougies, une bâche en plastique, un ventilateur, un tuyau d’arrosage et une machine à fumée. Lors de leur assemblage, dans la dernière partie du spectacle, on pense à Philippe Quesne. À sa poésie douce-amère, absurde, qui repose sur des matériaux bruts pour dire la solitude contemporaine. Mal qui affleure derrière tout le processus mis en œuvre par le couple. Dans l’intime de Reconstitution, le théâtre met les blessures à vif autant les apaise. Il est au cœur de la vie. De la mort, aussi.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Reconstitution
du Mercredi 9 mai 2018 au Mercredi 23 mai 2018
Théâtre de l’Aquarium
Cartoucherie de Vincennes, route du champ de manoeuvre, 75012 Paris.

du mardi au samedi à 20h, le 10 mai et le dimanche à 16h. Spectacle vu au Panta-théâtre à Caen, le 19 mars 2018. Durée : 1h30. Tel : 01 43 74 99 61. www.theatredelaquarium.com


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