La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Race

Race - Critique sortie Théâtre
Crédit : Jean-Paul Lozouet Légende : « Les débats effervescents d’un cabinet américain d’avocats. »

Publié le 10 avril 2012 - N° 197

Race de David Mamet par Pierre Laville est un spectacle âpre et aigu sur le viol d’un blanc riche sur une noire. Les répliques efficaces fusent et font mouche.

Pierre Laville adapte et crée Race du dramaturge américain David Mamet dont le commentaire sur sa propre pièce est d’emblée net et offensif : «  Un bureau d’affaires tenu par trois avocats, deux noirs et un blanc, est sollicité pour défendre un blanc, accusé de tentative de viol sur une jeune femme noire. Tout repose sur des mensonges. Lorsque le mensonge est avéré, la pièce est finie. » Charles Strickland est un homme blanc influent et fortuné, accusé de viol sur une femme de couleur. En face de lui, trois avocats – un blanc, Jack Lawson, un noir, Henry Brown, et une stagiaire noire, Susan. Peu importe l’accusé, c’est un puits d’indétermination (Thibault de Montalembert), qu’il mente ou dise la vérité. Mais c’est entre les trois professionnels du droit des personnes, que va paradoxalement se jouer un chassé-croisé de révélations et de dissimulations, un jeu de manipulations mêlées de flou, d’approximations, de sarcasmes et de dérision, prêchant le faux pour savoir le vrai. Depuis le début des temps, l’irrationalisme raciste prête à confusion dans ce contentement de soi collectif qui incite certains groupes à s’autoproclamer plus élevés que d’autres.

Subtilité des comédiens

Comment peut-on être de dignité moindre dans l’espèce humaine ? Le racisme repose sur deux idéologies obsolètes – la hiérarchie physique entre les groupes humains et la pureté raciale à préserver – déshonorées par une monstrueuse mise en application, notamment pour le racisme antisémite. Ainsi, l’avocat blanc (Yvan Attal), l’avocat noir (Alex Descas) et la stagiaire avocate noire (Sara Martins) récapitulent, selon un calcul de probabilités, toutes les variations du sentiment de la différence subi au cours d’une existence, qu’on soit de couleur, de sexe, de confession autres. L’avocat blanc s’adresse à la stagiaire noire : »Je. Sais. Qu’une personne blanche ne peut rien dire à une personne noire. Sur la question de la Race. Ce qui n’est ni incorrect, ni choquant. Rien. Je sais que la question raciale est le sujet le plus brûlant de toute notre histoire. » Si l’avocat blanc décide de renvoyer la personne afro-américaine qu’il emploie, celle-ci a de quoi légalement se prétendre victime de discrimination. N’abuserait-elle pas de « sa » différence retournée en avantage, sous la pression de la situation ? Le public ne manque pas une seule des répliques qui jaillissent. La subtilité des comédiens diablement engagés dans ce tribunal met à mal la vanité des fausses certitudes.

Véronique Hotte


Race, de David Mamet ; adaptation et mise en scène de Pierre Laville. Du 25 janvier au 13 mai 2012. Du mardi au samedi 20h30, matinées samedi et dimanche 16h. Comédie des Champs-Élysées 15, avenue Montaigne 75008 Paris. Tél : 01 53 23 99 19. Texte publié à L’Avant-Scène Théâtre.

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