La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Classique / Opéra - Entretien

Quatuor Zaïde

Quatuor Zaïde - Critique sortie Classique / Opéra Paris Théâtre des Champs-Élysées
© Marco Borggreve

MUSIQUE DE CHAMBRE / THEATRE DES CHAMPS-ELYSEES

Publié le 27 mars 2014 - N° 219

En empruntant son nom au singspiel mozartien, ce jeune quatuor français faisait lors de sa création en 2009 un clin d’œil malicieux à sa dimension 100% féminine mais surtout affirmait sa passion pour un répertoire porteur d’émotions et de rebondissements, à l’image de la musique d’opéra. Partout célébrées comme l’une des formations européennes les plus prometteuses, les « Zaïde » viennent de signer leur premier enregistrement dédié à Janacek et Martinu. Les Concerts du Dimanche matin les accueillent. 

« Rêver ensemble et avoir un langage commun. » Pauline Fritsch

Depuis vos débuts, il y a 4 ans, vous êtes conseillées par Hatto Beyerle, altiste fondateur du Quatuor Alban Berg…

Pauline Fritsch : D’autres musiciens passionnants comptent beaucoup pour nous mais Hatto est en quelque sorte notre père. C’est en le rencontrant que, pour ma part, je me suis engagée corps et âme dans cette vie de quartettiste. Il nous a soudées autour d’un même but : rêver ensemble et avoir un langage commun. Parler en musique résulte d’un parallèle constant entre le langage et la musique. En amoureux inconditionnel de Vienne, et au vu du répertoire du quatuor à cordes, il nous a conté l’esprit viennois en boucle, chanté des chants autrichiens. Avec lui, nous avons étudié les partitions, écouté de la musique, des valses viennoises méconnues des heures durant et puis, finalement, nous sommes allées vivre un an à Vienne !

Sarah Chenaf : Il nous a aussi fait mesurer l’importance du choix de l’édition d’une œuvre. Certaines éditions ne sont pas assez précises concernant les dynamiques, les articulations, quelquefois les notes, etc. C’est dans les partitions que nous récoltons le plus d’indices pour comprendre ce que veut le compositeur.

 

Charlotte Juillard : Hatto Beyerle nous a enseigné à envisager la musique non pas comme une chose abstraite mais comme une langue, comme une histoire à raconter, qu’il faut articuler avec soin, qu’il faut comprendre soi-même avant de pouvoir la transmettre.

Aimez-vous que l’on souligne le caractère “féminin” du Quatuor Zaïde ?

Pauline Fritsch : Non je n’aime pas ça du tout !  En chacun de nous il y a une part féminine et une part masculine et la musique ne pourrait se contenter de l’une des deux…

Sarah Chenaf : Depuis nos débuts, à aucun moment nous avons cherché à mettre en avant le fait d’être un quatuor féminin, nous espérons avoir plus intéressant à offrir.

Juliette Salmona : Je suis personnellement assez sensible au problème de l’égalité hommes-femmes dans le monde du travail mais je ne crois pas qu’il soit intéressant de chercher à repérer quelques caractéristiques féminines dans notre jeu : cela serait superficiel.

Charlotte Juillard : La musique peut être féminine, masculine ou ni l’un ni l’autre, c’est selon. Ce serait très réducteur de la définir par l’un ou l’autre des deux genres. Notre tâche est d’incarner ce qu’a imaginé le compositeur, sans égard à ce que nous pouvons être au départ. Etre une femme n’est alors vraiment pas important. Par contre, je suis très contente de vivre à une époque où être une femme peut ne pas être une chose déterminante, j’ai conscience qu’il n’y a pas si longtemps notre aventure en quatuor n’aurait pas été possible.

Quel est le quatuor en activité qui vous inspire la plus grande admiration?

Juliette Salmona : Le quatuor Belcéa est en train d’enregistrer l’intégrale des quatuors de Beethoven : cela force l’admiration…

Pauline Fritsch : J’ai une admiration toute spéciale pour le Quatuor Zehetmair si audacieux, si fougueux, reconnaissable parmi tous, à sa sonorité malléable,  tantôt fragile à l’extrême, tantôt sauvage, tantôt sensuelle… Ce n’est pas simplement qu’ils repoussent les limites, il me semble plutôt qu’avec eux, elles n’existent plus. N’est-ce pas le rêve de chacun ?

Sarah Chenaf : Le Quatuor Hagen, sans aucun doute. Pour comprendre il faut les entendre en concert. Il n’y a pas de mot pour expliquer. Ou bien un seul : divin.

Charlotte Juillard : Il y a beaucoup d’interprètes que j’admire, le quatuor Hagen, le quatuor Belcea, en France le quatuor Ebène, le quatuor Ariel, un jeune quatuor israélien qui nous a beaucoup inspirées à nos début,  le quatuor Artis, le Fine Art quartet..  Ils sont géniaux chacun dans leur genre.

Votre premier enregistrement sort ce mois-ci autour d’oeuvres de Martinu et Janacek. Comment vous êtes-vous décidées à choisir ce répertoire relativement peu fréquenté pour votre premier opus ?

Juliette Salmona : Cette époque de l’histoire du quatuor à cordes en Europe de l’Est nous est particulièrement chère : nous avons passé beaucoup de temps à travailler Zemlinsky, Berg, Bartok… L’idée de Janacek est venue assez naturellement, Martinu est venu ensuite.

Sarah Chenaf : Il était intéressant d’associer les trois quatuors pour ce qu’ils ont de différent et de semblable, chacun offrant des possibilités d’expression très étendues.

Pauline Fritsch : Nous avions tout d’abord envie pour ce premier disque d’aborder le début du 20ème siècle. Les quatuors de Janacek sont des pages riches d’une grande tradition, loin donc d’être un terrain méconnu des quartettistes… Nous avons cherché à approcher au plus près cette tradition, jonglé entre trois éditions différentes dont deux tchèques et une Urtext récente avec de réelles divergences…

Charlotte Juillard : Le début du vingtième siècle est une période charnière, de multiples façons de composer coexistent comme si la musique cherchait sa voie. En ce qui concerne Martinu, je ne crois pas que nous voulions porter l’étendard des musiques rares. Ce quatuor nous a tout simplement beaucoup plu lorsque nous l’avons découvert. Pour moi, le plaisir ressenti en abordant un répertoire peu fréquenté est une grande liberté, puisqu’il n’y a pas de tradition d’interprétation, il n’y a pas d’exemple.

Pauline Fritsch : Concernant Martinu, il est vrai que c’est un plaisir particulier que d’entendre le public nous dire que c’était une complète découverte : cette musique aux mille tourbillons est si tumultueuse, si passionnelle,  que généralement on se laisse emporter et on en tombe amoureux…

 

Propos recueillis par Jean Lukas.

A propos de l'événement

Quatuor Zaïde
du Dimanche 13 avril 2014 au Dimanche 13 avril 2014
Théâtre des Champs-Élysées
15 Avenue Montaigne, 75008 Paris, France

Dimanche 13 avril à 11 h. Tél. 01 40 52 50 50. Places : 25 €


Programme : œuvres de Janáček (Quatuor à cordes n° 1 « Sonate à Kreutzer ») et Beethoven (Quatuor à cordes n° 14 en ut dièse mineur op. 131).


Avec Charlotte Juillard (violon), Pauline Fritsch (violon), Sarah Chenaf (alto) et Juliette Salmona (violoncelle).


 


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