La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Jazz / Musiques - Propos recueillis

Quatre questions à Jérôme Sabbagh

Ce joli personnage de papier puise son existence dans le Théâtre de Marionnettes de Heinrich von Kleist.

Publié le 10 mai 2007

Le saxophoniste Jérôme Sabbagh signe avec « Pogo » (chez Bee Jazz) l’album
qui devrait être celui de sa consécration. Ce discret français de New York,
encore trop méconnu de ce côté de l’Atlantique, ose une musique fluide, belle et
sinueuse, d’une élégance souveraine, qui fait surgir le rêve d’un son de groupe
authentique, en mouvement et invention perpétuels. Hors des modes et des codes,
Jérôme Sabbagh nous embarque dans un monde rien qu?à lui, éclairé par des
compositions à la fois formellement rigoureuses et constamment généreuses sur le
plan mélodique. Un oiseau rare et libre, au son de saxophone incomparable.


Cette musique est celle d’un musicien français complètement installé à New
York. Cette ville vous a-t-elle aidé à devenir vous-même?

Jérôme Sabbagh : Oui, absolument. Je ne jouerais pas la même musique si
je vivais ailleurs. Le fait de vivre à New York m’a donné la chance de faire
partie d’une jeune scène très active, de multiplier les expériences. La plupart
des gens jouent très bien ici. Cela m’a forcé à devenir un meilleur musicien et,
surtout, à me poser des questions difficiles : quelle musique ai-je vraiment
envie de jouer, notamment au niveau des compositions’ Comment est-ce que je veux
jouer du saxophone aujourd’hui ? 

Votre projet s’inscrit dans un mouvement de groupe, à long terme?

Jérôme Sabbagh : Pogo est dans le prolongement de mon premier
album, North. Avec les mêmes musiciens. Je crois profondément à l’idée de
développer un groupe. C’est très difficile et de plus en plus rare : le marché
du jazz, que ce soit au niveau de l’industrie du disque, des subventions ou des
festivals, incite davantage à proposer constamment des projets nouveaux. Il
faudrait toujours avoir sous le coude un produit de consommation qui ait l’air
neuf… À mon avis, c’est une énorme erreur, en tout cas du point de vue
artistique.

« Je cherche à jouer du saxophone comme un chanteur. »

Mille fois plus encore que Paris, New York regorge de musiciens.
Parlez-nous de ceux qui jouent avec vous au sein de ce quartet : Ben Monder, Joe
Martin et Ted Poor. Qu?aimez-vous en eux ?

Jérôme Sabbagh : Ils ont à la fois des moyens considérables et sont
constamment au service de la musique. Ce que j’aime, c’est leur personnalité
unique, leur sens de l’écoute, leur attachement profond à laisser venir les
choses qui peuvent se passer dans l’instant. J’ai l’impression d’avoir trouvé
les partenaires idéaux pour jouer ma musique. Ben est reconnu à juste titre
comme un des plus grands guitaristes de notre époque. Joe est pour moi le
contrebassiste parfait. J’ai l’impression qu’il fait toujours ce qu’il faut
faire. Et Ted est un musicien incroyable, qui, à l’âge de 25 ans, parvient de
manière très originale à orchestrer la musique depuis la batterie.

Vous êtes assez difficile à situer sur le plan des influences au saxophone.
N?avez-vous pas été d’abord marqué par d’autres instrumentistes que des
saxophonistes ?
Jérôme Sabbagh :
Pour moi, le plus important, c’est l’influence de la
voix humaine. Je cherche à jouer du saxophone comme un chanteur. Je suis autant
influencé par le son de Thom Yorke, Camerone et Billy Holiday que par celui de
Coltrane ou Getz. Je pense aussi que les influences, si elles sont assimilées,
se reconnaissent moins facilement et de manière plus indirecte. Il y a une
interview de Kish Jarrett dans laquelle il dit, en substance : "Ce qui est
important, ce n’est pas de reproduire le style de quelqu’un, mais de comprendre
de l’intérieur les raisons profondes qui l’ont fait jouer comme ça
." Je
trouve ça très vrai. Je suis très attaché à l’idée d’avoir mon propre son, mon
propre univers musical. Dans le temps, on n’était pas considéré comme un vrai
musicien de jazz sans avoir ça et c’était fondamentalement plus juste.

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec

Mercredi 9 et jeudi 10 mai à 21h au Sunset. Tél. 01 40 26 46 60. Site :
www.jeromesabbagh.com.

Avec Ben Monder (guitare), Joe Martin (contrebasse) et Ted Poor (batterie).

A propos de l'événement



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