La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Entretien / Claude Bartolone

Pour une politique culturelle portée par les collectivités locales

Pour une politique culturelle portée par les collectivités locales - Critique sortie Avignon / 2009

Publié le 10 juillet 2009

Député socialiste et Président du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone, qui a présenté en avril un budget en déséquilibre prenant en compte les 75 millions d’euros selon lui dus par l’Etat à son département, s’insurge contre la politique culturelle du gouvernement, et notamment contre la réforme des collectivités territoriales.

« Notre politique culturelle doit d’abord être une politique décentralisée car c’est par les territoires que la culture se fait proche du citoyen. » 
 
Vous avez lancé un Appel de soutien à la culture en danger en décembre 2009 à la MC 93 de Bobigny, suite au projet de loi de réforme des collectivités territoriales présenté par le gouvernement. En quoi ce projet menace-t-il selon vous la vitalité culturelle (entre autres…) sur le territoire ?
Claude Bartolone : Le but premier de ce projet de loi, c’est de recentrer les politiques publiques autour de l’Etat et non plus au cœur des territoires : il fusionne les représentants des régions et des départements, il retire des compétences aux collectivités… Bref, le gouvernement tire un trait sur trente ans de décentralisation. C’est dramatique, en particulier dans le domaine culturel, car ce sont les territoires qui portaient la créativité et la diversité de la culture en France. En Seine-Saint-Denis, si nous n’étions pas intervenus, les festivals Banlieues Bleues ou les Rencontres chorégraphiques n’existeraient pas… Alors je ne veux pas que demain, des milliers d’associations se retrouvent à mettre la clé sous la porte parce que l’Etat aura interdit aux collectivités locales de leur venir en aide… Voyez le Salon du Livre Jeunesse de Seine-Saint-Denis : ses difficultés financières, alors même qu’il accueille près de 150 000 visiteurs chaque année, sont un avant-goût du non-sens que représente ce projet de loi ! En somme, ce que j’ai voulu faire comprendre avec cet appel, c’est qu’une politique culturelle portée par les collectivités locales n’a rien à voir avec une politique étatique et centralisée : les collectivités sont les moteurs de la création et de la diffusion culturelles dans ce pays, elles financent celles-ci à 70%. Les confiner dans leur action, c’est retirer à la République sa diversité créative.
 
Les plus grandes inquiétudes viennent-elles selon vous de la suppression de la taxe professionnelle ou de la suppression de la clause générale de compétence  aux départements et aux régions ?
C. B. : Ces deux problèmes n’en font qu’un : ils visent l’un et l’autre à affaiblir les services publics locaux. La suppression de la clause de compétence générale revient à interdire aux collectivités locales d’intervenir hors de leur domaine obligatoire. Par exemple, pour les départements qui ont une compétence réservée sur l’aide sociale, il leur sera désormais interdit de dépenser un centime sur le développement économique ou sur la culture. C’est inacceptable, voilà pourquoi les élus de gauche se mobilisent pour empêcher cette suppression. Cependant, même si nous y parvenons, ce ne sera pas la fin des soucis pour le secteur culturel car la suppression de la taxe professionnelle enfonce le clou en retirant des ressources aux collectivités locales ; quoi qu’il arrive, elles seront de toutes façons bridées financièrement dans leur soutien à la création et à la diffusion culturelles.
 
Comment pensez-vous oeuvrer pour que le parti socialiste puisse défendre et porter une politique culturelle stimulante pour les citoyens ?
 
C. B. : Pour les socialistes, la culture est un droit et non un luxe, ce qui explique leurs efforts particuliers pour diffuser cette culture au plus grand nombre. Nous devons accentuer celui-ci, en direction des plus jeunes notamment grâce à des programmes Culture à l’école, en direction des plus fragiles aussi, par la distribution de chèques culture attribués sur critères sociaux… Notre politique culturelle doit d’abord être une politique décentralisée car c’est par les territoires que la culture se fait proche du citoyen ; voilà pourquoi il est important de soutenir financièrement les réseaux d’associations de quartiers qui travaillent au quotidien à cette culture mosaïque. Mais pour que cela soit possible, vous le soulignez, il faut des moyens importants. Je pense qu’il faut sanctuariser le budget de la culture, que ce soit au niveau de l’Etat ou des collectivités locales. Enfin, une politique culturelle, pour être pérenne, doit être un projet commun de l’ensemble de la gauche : c’est en partageant nos valeurs sociales et durables que nous pourrons proposer un dispositif stimulant pour les acteurs culturels et les citoyens.
 
Pensez-vous que la culture constitue une question politique majeure dans notre pays ?
C. B. : Elle devrait l’être bien évidemment ! Mais depuis 2007, Nicolas Sarkozy n’a cessé d’en faire le point marginal de sa politique…Les seules propositions qu’il évoque sont un soutien accru au patrimoine, des cours d’histoire de l’art dans les écoles, et un Grand Paris de la Culture totalement démesuré. Ce n’est pas ma définition d’une culture dynamique, moderne et accessible à tous. Il y a urgence aujourd’hui à travailler en concertation avec les artistes, avec les territoires, avec les lieux culturels dans leur diversité. Je crois que la culture œuvre bien plus à la cohésion d’une société et au vivre ensemble de toutes les identités que des politiques stigmatisantes et exclusives étiquetées « identité nationale ».

Propos recueillis par Agnès Santi

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