La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Please Kill Me

Please Kill Me - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Pierre Grobois Légende photo : Kate Strong et Matthias Girbig donnent corps aux acteurs du mouvement punk.

Publié le 10 avril 2012 - N° 197

Le metteur en scène et batteur Mathieu Bauer feuillette en scène l’histoire du mouvement Punk. Album-souvenir…

« Ivrogne, odieux, malin mais pas prétentieux, absurde, marrant, ironique, et tout ce qu’il y avait d’attirant dans le côté obscur (…) Le mot « punk » semblait incarner le trait d’union qui reliait tout ce que nous aimions. » raconte Legs McNeil, un des fondateurs en 1975 du fanzine Punk : (…) les redifs à la télé, boire de la bière, baiser, les cheeseburgers, les BD, les séries B, et ce rock’n’roll bizarre que personne n’avait l’air d’apprécier à part nous : le Velvet, les Stooges, les New-york Dolls, et maintenant les Dictators. ». C’est sur les traces de ce punk-là, sans crête colorée ni épingles à nourrice mais bourré d’excès rebelles jusqu’à l’overdose, que s’aventure Mathieu Bauer, musicien, metteur en scène, cofondateur de Sentimental Bourreau et aujourd’hui directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil. Please Kill Me plonge dans le New York du CBGB’s et du Max’s Kansas City Club, sur les traces de The Ramones, Iggy Pop, Richard Hell, Lou Reed, les Sex Pistols… Nihiliste, rageur et tapageur, méprisant l’idéalisme politique hippie et la mièvrerie flower-power autant que le rock sentimental des années 70, le punk (mot anglais signifiant « sans valeur ») fait sauter les convenances jusqu’au scandale et dégoupille toutes les pulsions, plus en quête d’expression brute et de confrontation que de qualité et de recherche musicale.
 
Anecdotes
 
Piochant des anecdotes parmi les quelque 500 pages de témoignages recueillis auprès de ceux qui firent ce mouvement par Legs McNeil et Gillian McCain pour écrire leur « histoire non censurée du punk », Mathieu Bauer tente de traduire en scène ce que fut l’énergie chaotique, dionysiaque, de cette génération qui s’abima dans la drogue, le sexe, la violence. Lui-même à la batterie, Sylvain Cartigny à la guitare et Lazare Boghossian à la basse accompagnent les comédiens Kate Strong et Matthias Girbig qui se glissent dans les paroles des protagonistes de l’époque. Peut-être faudrait-il plus que des bribes de récit pour dessiner le portrait de ces personnalités extrêmes, pour cerner ce que le punk a provoqué dans les corps, les mots, les mœurs ou les codes esthétiques et vestimentaires. Non que les acteurs et musiciens n’aient le ton juste : ils ne cherchent pas à jouer les personnages mais plutôt à partager la mémoire des années 70. Manque ici sans doute l’essentiel : la toile de fond sociale, politique et artistique sur laquelle ils balafrèrent leur histoire malgré eux. Ce chapelet de frasques, débauches et provocations conforte surtout les clichés ou s’adresse aux fans qui veulent feuilleter cet album-souvenir pour y croquer quelques bouts de jeunesse…
 
Gwénola David


Please Kill Me, d’après Legs McNeil et Gillian McCain, adaptation, conception et mise en scène de Mathieu Bauer. Jusqu’au 12 avril 2012, à 20h30, sauf mardi et jeudi à 19h30, relâche mercredi et dimanche ainsi que le 9 avril. Nouveau Théâtre de Montreuil – Salle Laria Casarès, 63 rue Victor Hugo 93100 Montreuil. Tél. : 01 48 70 48 90. Durée : 1h20.

A propos de l'événement



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