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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien / Pierrette Dupoyet

Pierrette Dupoyet, artiste exemplaire !

Pierrette Dupoyet, artiste exemplaire ! - Critique sortie Avignon / 2018 Avignon Avignon Off. Théâtre Buffon
Pierrette Dupoyet © D.R.

Théâtre Buffon / Théâtre Albatros / Théâtre La Luna / Apollinaire, au revoir, adieu / L’Orchestre en sursis / Jacqueline Auriol ou le Ciel interrompu / texte et mes Pierrette Dupoyet

Entretien / Pierrette Dupoyet

Publié le 22 juin 2018 - N° 267

Fidèle du Off depuis plus de 35 ans, la comédienne/autrice/conceptrice de spectacles Pierrette Dupoyet revient cette année avec trois seuls-en-scène. Outre l’aviatrice Jacqueline Auriol et la musicienne déportée Fania Fénelon, elle incarne dans sa nouvelle création sur Apollinaire une femme qui fut la muse du poète. 

« J’ai envie de transmettre l’envie d’être vivant. »

Le dénominateur commun de vos spectacles est le destin exceptionnel de trois femmes.  Qu’est-ce qui vous a attiré dans chacune d’entre elles ?

Pierrette Dupoyet : Ce sont en effet des femmes exceptionnelles. Certaines l’étaient de leur vivant mais ont été oubliées ensuite comme l’aviatrice Jacqueline Auriol. D’autres ont vécu dans l’ombre, comme Fania Fénelon, musicienne dans le seul orchestre de femmes d’Auschwitz, et emblématique du rapport entre art et barbarie dans les camps. Quant à Madeleine Pagès, l’héroïne de ma création Apollinaire, au revoir, adieu…, c’était une professeure de français à Oran qu’Apollinaire a rencontrée dans un train, à qui il a écrit des lettres enflammées pleine de sensualité et de sexualité, et promis le mariage alors qu’ils ne s’étaient vus qu’une fois. A l’occasion d’une permission de fin d’année, il est parti la rejoindre à Oran mais quand il la quitte, il n’est plus question de mariage et les lettres deviennent uniquement amicales. Lorsqu’il mourra, elle se sentira veuve d’un homme qu’elle n’a jamais épousé.

Dans chaque spectacle, il s’agit de femmes blessées. Pensez-vous que la femme soit condamnée à souffrir ?

P. D. : J’espère que non ! Mais l’histoire a montré pendant 2000 ans qu’il y avait malheureusement un sentiment de servitude assez ancré dans les cultures, les religions, les sociétés, faisant de la femme la suivante de l’homme. Je pense à Colette qui a longtemps signé sous le nom de son mari Willy, ou à Marie Curie. Mais je crois que cela donne une force extraordinaire de ne pas être tout de suite placé sur le devant de la scène. Les femmes arrivent à conquérir des places qu’elles n’auraient pas eues si dès le départ on leur avait laissé la liberté de s’exprimer.

Le revers de la médaille c’est que ces femmes sont souvent oubliées de l’histoire.

P. D. : Voilà pourquoi nous, artistes, essayons de les remettre sur le devant de la scène ! Madeleine Pagès n’a pas été très importante pour la société mais elle a été un exemple de femme qui a su faire quelque chose de sa blessure amoureuse. Alors qu’elle enseignait à des jeunes filles, elle s’est interdit de montrer l’amour comme une possibilité d’être dévastée mais au contraire comme une formidable opportunité de se sentir vivant. On subit tous des chocs dans la vie. Qu’est-ce qu’on fait de ça ?

Vous-même avez une conception du théâtre très engagée. D’où vient ce besoin et que traduit-il ?

P. D. : Cela traduit le fait que tous les jours quand je me réveille, je remercie la chance d’être vivante ! Et puisque j’ai cette chance, il faut que j’en fasse quelque chose. Depuis l’âge de 15 ans, mon outil est le théâtre. L’art est fort parce qu’il touche à l’émotion et que l’émotion est la même partout, quelle que soit la culture ou la religion. Cet engagement que j’ai dans ma façon de jouer, dans l’écriture, dans la manière de concevoir mes spectacles, c’est en fait une envie de transmettre l’envie d’être vivant, de ne pas gâcher sa vie. J’espère créer un choc dans chacun de mes spectacles, de manière à ce que le spectateur n’en sorte pas indemne mais avec la tête, le ventre et le cœur concernés.

 

Entretien réalisé par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Apollinaire, au revoir, adieu…
du Vendredi 6 juillet 2018 au Dimanche 29 juillet 2018
Avignon Off. Théâtre Buffon
18 rue Buffon, Avignon

à 11h35. Tél. : 04 90 27 36 89. Durée : 1h15.


L’orchestre en sursis, Théâtre Albatros, 29 rue des Teinturiers. Du 6 au 29 juillet 2018 à 14h30. Tél. : 04 90 86 11 33. Durée : 1h15.


Jacqueline Auriol ou le Ciel interrompu, Théâtre Luna, 1 rue Séverine. Du 6 au 29 juillet 2018 à 17h45. Tél. : 04 90 86 96 28. Durée : 1h15.


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