La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Pieds nus, traverser mon cœur

Pieds nus, traverser mon cœur - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Fabienne Rappeneau Légende photo : Michèle GuiGon, hymne à l’amour

Publié le 10 septembre 2011 - N° 189

Le quatrième solo de Michèle GuiGon, créé en collaboration avec Anne Artigau et Susy Firth, est un hymne à l’amour qu’elle interprète, entre humour et émotion, en compagnie de son accordéon.

« Passer de la peur, qui réduit le cœur, à l’amour, qui détruit la peur, accepter d’être dérangé. » : libérée de tout ce qui rend le pas pesant et fait le cœur lourd, Michèle GuiGon avance sur scène et dans la vie avec l’air un peu crâne et la maladresse émouvante des premières fois. Entre enfant laboureur à la Barbara et clown empêtré dans les rets de l’existence, elle joue des situations et des expressions, des souvenirs gais ou tristes, et des mots, qui peinent souvent à dire les choses, pour essayer de dessiner le chemin qui mène à l’amour. Mais pas de sentimentalisme gnangnan ni de recette de bonne femme chez Michèle GuiGon : il ne s’agit pas de comprendre comment attirer le prince charmant pour en faire son prisonnier, mais plutôt de savoir ouvrir son cœur à la vie, quels que soient les aléas que celle-ci nous réserve. C’est s’enfermer soi-même que de se vouloir la geôle des autres : pour ce qui est de l’amour, la déprise vaut mieux que le rapt !
 
Apprendre à se déprendre
 
Accepter de vieillir, accepter de changer, rire du temps qui ralentit ou saccade les gestes (hilarant épisode du café pris chez la grand-mère rhumatisante en Winnie déjantée), se souvenir du meilleur comme du pire pour accepter le pire (ce à quoi l’existence nous condamne), mais aussi, et peut-être surtout, le meilleur (ce à quoi nous ne sommes pas toujours disposés) : pour dessiner les petits riens de ce viatique existentiel, Michèle GuiGon parle d’elle et des siens, de son père et du père de son père, mais ne sombre jamais dans la pesanteur sentencieuse du récit pathétique de soi. Plus proche de l’analyse que de l’autofiction, Michèle GuiGon universalise ses déboires, ses espoirs, ses angoisses et ses illuminations, en jouant avec les mots et les notes et en s’appuyant sur son accordéon complice pour suggérer sans asséner. Légère et drôle, amusante et poignante, trop fine pour être ingénue et trop naïve pour être cynique, Michèle GuiGon continue, de spectacle en spectacle, à avancer en fildefériste de l’existence, avec, cette fois-ci, l’amour en balancier.
 
Catherine Robert


Pieds nus, traverser mon cœur, de et avec Michèle GuiGon, coécriture Susy Firth ; mise en scène d’Anne Artigau. Du 17 août au 23 octobre 2011. Du mardi au samedi à 20h et, à partir du 11 septembre inclus, le dimanche à 17h. Le Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris. Tél : 01 45 44 57 34. Spectacle vu au Théâtre de l’Ouest Parisien.

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