La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Peer Gynt

Peer Gynt - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Brigitte Enguérand Légende : « Peer Gynt (Hervé Pierre) et la mariée enlevée (Adeline d’Hermy). » Grand Palais / De Henrik Ibsen, trad. François Regnault / mes Éric Ruf

Publié le 10 juin 2012 - N° 199

Éric Ruf crée un Peer Gynt poétique et populaire, un patchwork coloré frayant dans la grâce et la liberté entre drame et poésie.

Dans le prestigieux Salon d’Honneur du Grand Palais, Éric Ruf crée Peer Gynt d’Ibsen, une pièce fleuve mêlée de philosophie, de roman d’apprentissage et de farce satirique. Être soi-même est une question universelle posée de façon enjouée par le dramaturge norvégien. Peer Gynt est  l’anti-héros, à la fois sous domination maternelle (Catherine Samie) et dans la velléité de se libérer de ce joug sur les chemins de la maturité. Ce fils encore est un homme de peu, lâche et attachant, qui cherche sa vie et sa voie, à travers la fiction, le mensonge et les histoires à dormir debout.  Aussi l’errance dans l’imaginaire est-elle au rendez-vous de cette stratégie individuelle, à travers les affabulations, l’évocation du Courbe, la rencontre effective des légendes du Grand Nord, les trois Filles des pâturages, la Femme en vert (Florence Viala) et le Roi des trolls (Serge Bagdassarian). L’art enchanteur des costumes féeriques de Christian Lacroix participe de ce monde fantastique, au seuil de lisières oniriques mystérieuses. La vision intérieure des rêves est projetée sur la scène, joliment déployée et vivifiée. Mais l’errance n’est pas uniquement fantasmée, elle épouse la géographie physique que dessine la route sur le plateau dans un rapport bi-frontal avec le public.

Un Peer Gynt regorgeant d’humanité

Le protagoniste moqué et malmené dans les scènes villageoises ne renie pas son terroir originel, et les mouvements chorégraphiés des groupes paysans tournoient dans un élan plein de santé. Peer Gynt écrit son destin et parcourt le monde en faisant les tours et détours de toute quête existentielle. L’incroyable hâbleur enlève la mariée du village le jour de ses noces et l’abandonne ; la pure Solveig qu’il aime d’amour, l’attend en vain. On retrouve l’infidèle vingt ans plus tard en Afrique, trafiquant d’esclaves. Contre vents et marées, l’aventurier vieilli revient au pays natal et prend acte de la vanité de toute chose. La troupe d’Éric Ruf maintient le radeau du retour au gré des vagues, à la manière des plus belles tempêtes de Mnouchkine. Ce mouvement choral convivial est propre à la vie rude auprès des éléments, des herbes folles, des talus et de la lande, sous le jeu rudimentaire d’une draisine mécanique glissant sur deux rails. Il donne au spectateur l’impression de toucher à la rusticité et à la chaleur de la vie. Hervé Pierre est un Peer Gynt regorgeant d’humanité – un bonhomme standard -, n’hésitant pas à  se dépouiller de ses vêtements pour courir dévêtu sur la scène, comme l’oignon défait de ses pelures jusqu’à disparaître. Le joyeux acteur donne sens à une histoire humaine et du même coup à un destin théâtral.

 

Véronique Hotte


Du 12 mai au 14 juin 2012 à 19h, matinées 15h, relâche le mardi. Grand Palais – Salon d’Honneur, accès Square Jean-Perrin, Av. du Gal Eisenhower Paris 8ème. Tél : 0825 10 16 80 (0,15 euros la mn) www.comedie-francaise.fr

A propos de l'événement



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