La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Patrick Mons met en scène « Mère morte » de Lucile Bertin, une pièce autour de l’inceste et du silence de ses complices.

Patrick Mons met en scène « Mère morte » de Lucile Bertin, une pièce autour de l’inceste et du silence de ses complices. - Critique sortie Théâtre Paris Les rendez-vous d'ailleurs
Corinne Bastat dans Mère Morte. © Patrick Mons

Le Rendez-vous d’ailleurs / texte de Lucile Bertin / mise en scène de Patrick Mons

Publié le 11 janvier 2026 - N° 339

Patrick Mons met en scène Corinne Bastat dans le récit composé par Lucile Bertin autour de l’inceste et du silence de ses complices. Un spectacle terrible qui ose révéler le cru et le tu du crime.

La mère a décidé de céder la maison de famille à Louis, son compagnon. Jeanne s’en offusque. Jalousie ? Manque de piété filiale ? Pourquoi sa fille remet-elle en cause le choix testamentaire de Marthe ? Parce que la maison de Vaussènes est le seul endroit où Louis n’a pas violée Jeanne, comme il s’y est copieusement employé depuis les cinq ans de la petite fille. On comprend mieux, alors, pourquoi le dernier salut à la dépouille de la mère sonne comme un regret. Une chose n’a pas été réglée et la responsabilité est totale : Louis a violé Jeanne sous le regard bienveillant de Marthe, qui partageait tout avec l’homme qu’elle aimait à la vie à la mort, même sa fille, au prix de cet absolu interdit qu’est le prêt consenti à sa place du corps de l’enfant. Marthe savait, comme toujours ceux qui entourent le criminel, mais aimait le bourreau plus qu’elle-même et donc plus que sa victime. Ainsi vont ceux qui toujours ferment les yeux, collaborant activement avec l’occupant, même si l’occupation est intrafamiliale.

La vérité du viol

Corinne Bastat, dirigée par Patrick Mons, s’empare du texte de Lucile Bertin qui ne nous épargne rien, tant dans la description de l’acte sexuel que de l’aveu des orgasmes arrachés sous contrainte. Les âmes sensibles trembleront, tant le texte est d’une crudité totale. Sans doute est-il à la hauteur de la violence subie, que rien ne peut réussir à consoler, puisque la mort vient définitivement sceller les bouches qui auraient pu reconnaître leur faute. Reste celle, tremblante mais digne, du témoignage, béante et justicière comme la bocca della verità… Entre la chambre mortuaire, où repose le cadavre de la morte, et la cuisine, où a eu lieu la dernière confrontation avec la complice silencieuse des crimes du pédophile narcissique, Corinne Bastat se tient comme une vierge douloureuse, aussi souvent violée que condamnée au silence, seulement soutenue par le violoncelle de Livia Stanese. L’interprétation de la comédienne est suffocante d’authenticité et il faut avoir le moral bien accroché pour résister à un tel torrent pestilentiel, quand la lâcheté excuse le meurtre lent et méthodique de l’enfant, défaite à tout jamais et condamnée à vie. Un spectacle coup de poing, intense et terrifiant.

Catherine Robert

A propos de l'événement

Mère morte
du samedi 10 janvier 2026 au dimanche 1 février 2026
Les rendez-vous d'ailleurs
109, rue des Haies, 75020 Paris

Jusqu’au 1er février 2026. Samedi à 19h et dimanche à 16h. Tél. : 01 40 09 15 57. A partir de 16 ans. Durée : 1h10.

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