La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Partage de midi

Partage de midi - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 novembre 2008

Tricotant ensemble la laine spectaculaire « comme quatre aiguilles », à l’instar des amants de Partage de midi, Baron, Bouchaud, Sivadier et Dréville en offrent une version charnelle et lyrique.

On cherche à tort chez Claudel des élévations immatérielles, éthérées et absconses. Dans une langue faite des effets, de la gloire et du mystère de la chair, une langue aux images élémentaires, telluriques, stellaires, une langue organique, brut voire brutale, le verbe se fait le lieu même du scandale de l’incarnation. Dieu devenu sensible ou les corps se consumant : même et identique image de la passion. Baron, Bouchaud, Dréville et Sivadier, soutenus par le regard de Charlotte Clamens, ont lu attentivement le texte de Claudel et en restituent avec précision l’incandescence, faisant de leurs corps et de leurs voix les matériaux et les instruments de la passion. Le rire en éclats d’Ysé, la force des étreintes des amants, leurs débordements, leurs rapports puissamment érotiques apparaissent sur le plateau polarisé par les tempéraments qui l’arpentent.
 
Un jeu à la hauteur des excès scandaleux du texte
 
Valérie Dréville campe une Ysé « jument de race » qui subjugue et tyrannise les hommes ou se donne à eux en réclamant cette virilité de la possession qui la rend si tapageuse et iconoclaste. La comédienne passe en modulations d’une raucité mâle à une voix de petit enfant ou à des accents de pamoison et d’extase. Ysé est femme de l’excès, à la fois vampire et sainte : Dréville est à sa mesure. Nicolas Bouchaud excelle en grand bête désabusé et cynique, fort en gueule et en gestes, dans une forme de distanciation ironique qui fait respirer la pièce. Gaël Baron, plus en retrait parce que De Ciz l’impose sans doute, est « ce maigre Provençal aux yeux tendres » que relègue la versatilité amoureuse de sa femme. Jean-François Sivadier est un Mesa transfiguré, habité, saisi, aux limites du chant, se débattant avec ardeur dans les rets de ses contradictions. La force déployée sur scène est d’une telle ampleur qu’elle finit peut-être par saouler comme un grand vent ; mais à qui ose se laisser embarquer dans ce torrent d’une langue aussi puissamment saisie, ce spectacle est une promesse aventureuse ébouriffante.
 
Catherine Robert


Spectacle vu au Festival d’Avignon. Partage de midi, de Paul Claudel ; mise en scène collective de Gaël Baron, Nicolas Bouchaud, Charlotte Clamens, Valérie Dréville et Jean-François Sivadier. Du 12 au 23 novembre du mardi au samedi à 20h45, dimanche à 17h, au Théâtre des Gémeaux, 49, avenue Georges-Clémenceau, à Sceaux. Tél : 01 46 61 36 67.

A propos de l'événement



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