La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Olivier PY

Olivier PY - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 mars 2009

Claudel, sublime et trivial

Admirable, divine, farcesque, voire potache : Olivier Py décongestionne la poésie claudélienne, trop souvent boursouflée par un lyrisme luxuriant sinon pompeux. Cinq ans après sa mémorable mise en scène du Soulier de satin, le directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe plonge à nouveau dans les eaux profondes de cette œuvre immense.

« Claudel veut en finir avec l’académisme ! »
 
Après Les Vainqueurs, somptueux éloge du paganisme, vous revenez au Soulier de satin, de Claudel…
Cette œuvre me semble un trésor inépuisable… Elle pourrait tisser l’ouvrage d’une vie. Comme un tableau dont chaque génération viendrait enrichir les couleurs et les contrastes. J’ai l’impression d’avoir hérité de la mise en scène de Vitez, qui lui-même avait hérité de celle de Barrault. Démesurée, la pièce ne l’est pas seulement par la durée, mais aussi par les thématiques qu’elle embrasse, par l’éclectisme des formes qu’elle choque, par le jeu d’acteurs qu’elle appelle. Y revenir nous permettra d’élucider quelques zones laissées obscures, de retravailler des scènes et d’approfondir certaines des questions abordées.
 
Lesquelles ?
En 2003, j’avais évidemment creusé la dimension théologique, mais également la verve comique de Claudel, suivant en cela les indications de sa fille Renée Nantet. Je voudrais maintenant éclairer davantage les résonances politiques de l’œuvre, en particulier dans la dernière journée. Avec Le soulier de satin, qui situe l’action à la charnière des 16ème et 17ème siècles, lorsque les hommes découvrent la terre ronde, Claudel livre une vision de la globalisation étonnamment moderne, à sa façon alter-mondialiste avant l’heure. Farouche adversaire des frontières, théologiques tout autant que politiques, il conçoit l’internationalisation comme l’avènement d’une conscience globale et la réunion de la planète autour des valeurs humaines. Cette conviction prend forme dans son projet théâtral, qui donne une représentation du monde par les différents théâtres du monde. Il fut le premier à s’intéresser aux scènes chinoise et japonaise, qu’il a découvertes dans les années 20.
 
Dans votre mise en scène, vous mélangez d’ailleurs la poésie, sublime, avec des saynètes burlesques ou carrément triviales, rejoignant l’inspiration baroque de l’œuvre.
La pièce assemble et frotte des éclats multiples, disparates, des styles extrêmement variés. A rebours d’un lyrisme élégant qui lisserait ces différences, la mise en scène doit au contraire faire tinter ce gigantesque bric-à-brac. Claudel veut en finir avec l’académisme ! Il réfute au passage tous les adjectifs dont il fut affublé : misogyne, ennuyeux, nationaliste, antisémite, prosélyte… autant de mauvaises caricatures.
 
Le texte dénoue aussi l’oxymore, toujours très contemporain, entre l’âme et le corps, le ciel et la terre, par le renoncement à la chair pour l’union spirituelle…
Claudel a imaginé un Eros chrétien, conciliant le Christ et Vénus. Rodrigue perce le canal de Panama, métaphore pour dire que mers charnelle et spirituelle se rejoignent.

Entretien réalisé par Gwénola David


Le Soulier de satin, de Paul Claudel, mise en scène d’Olivier Py. Du 7 au 29 mars 2009. Première partie le mercredi à 18h30 ; deuxième partie le jeudi à 18h30 ; intégrale le samedi et le dimanche à 13h (durée : 11 heures avec trois entractes). A l’Odéon, Théâtre de l’Europe, 75006 Paris. Réservations au 01 44 85 40 40.

A propos de l'événement



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