La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Martyr

Martyr - Critique sortie Théâtre saint denis Théâtre Gérard-Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis
Martyr de Marius von Mayenburg. Crédit visuel : Jean-Louis Fernandez

Théâtre Gérard-Philipe – CDN de Saint-Denis / de Marius von Mayenburg / mes Matthieu Roy

Publié le 28 octobre 2014 - N° 225

Deuxième volet d’une trilogie de spectacles intitulée Visage(s) de notre jeunesse*, Martyr explore le thème du fanatisme religieux à l’école. Le jeune metteur en scène Matthieu Roy signe une version aseptisée de la pièce de Marius von Mayenburg. 

Il faut se garder, au sortir d’une représentation de théâtre qui peine à convaincre, de porter un avis définitif sur un texte que l’on n’a pas lu. Prenons l’exemple de Martyr, la dernière pièce de Marius von Mayenburg, l’un des auteurs phares de la jeune dramaturgie allemande (il est né en 1972). Si l’on se contente de juger cette pièce à l’aune du spectacle que présente aujourd’hui Mathieu Roy au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis (spectacle créé en janvier 2014, à la Scène nationale de Poitiers), on risque fort de déprécier cette écriture, de la trouver commune, trop lisse et finalement sans grande force. Car la mise en scène signée par le directeur artistique de la compagnie du Veilleur ne fait pas ressortir la violence, la dangerosité, la bizarrerie, la noirceur tragi-comique qu’une lecture de la pièce** rend évidentes. Dans Martyr, toute une école est prise en otage, du jour au lendemain, par le fanatisme religieux d’un adolescent.

Une mise en scène qui n’active pas la pièce

Se référant à des textes bibliques qu’il cite à tout propos en les érigeant en vérités premières, cet élève parvient à enfermer son entourage dans une spirale kafkaïenne qui vire au délire obscurantiste, misogyne, homophobe, antisémite… Tout cela est à la fois grotesque et assez déstabilisant. A travers 27 séquences et un groupe de 8 personnages, l’auteur allemand élabore une forme de cauchemar éveillé. Un cauchemar confinant à l’absurde dont on est loin dans la mise en scène sagement fonctionnelle que livre Matthieu Roy. Car la vision de Martyr qui nous est présentée manque de fissures et de débordements. Elle donne l’impression d’exposer la pièce, de la déplier sans réussir à l’activer, à mettre en marche sa pulsation intime. Comme derrière une vitre, on reste à distance de cette création qui, à l’instar de la scénographie de Gaspard Pinta, donne plus à voir plus qu’elle ne donne à songer.

 

* Initiée, en 2013, avec Même les chevaliers tombent dans l’oubli de Gustave Akakpo, cette trilogie s’achèvera en 2015 avec Days of nothing de Fabrice Melquiot.

** Pièce publiée chez L’Arche Editeur.

Manuel Piolat Soleymat      

A propos de l'événement

Martyr
du Jeudi 6 novembre 2014 au Dimanche 23 novembre 2014
Théâtre Gérard-Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis
59 Boulevard Jules Guesde, 93200 Saint-Denis, France

Du lundi au Samedi à 20h, les dimanches à 15h. Relâches les mardis et mercredis. Spectacle vu au Théâtre du Nord. Durée : 1h30. Tél. : 01 48 13 70 00. Egalement les 25 et 26 novembre 2014 à La Halle aux grains – Scène nationale de Blois, le 2 décembre au Théâtre Jean Vilar de Vitry, Tél 0155531060, le 4 décembre aux 3T – Théâtres de Châtellerault, les 11 et 12 décembre à La Méridienne – Scène conventionnée de Lunéville, du 27 janvier au 8 février 2015 au Théâtre national de Strasbourg.


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