La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Italie – Brésil 3 à 2

Italie – Brésil 3 à 2 - Critique sortie Théâtre Avignon Manufacture
Solal Bouloudnine à 0-0. CR : Olivier Thomas

En Île-de-France et ailleurs / Davide Enia / mes Alexandra Tobelaim

Publié le 28 octobre 2014 - N° 225

Mélange de pittoresque palermitain et de l’universalité des histoires et des émotions liées au football, Italie-Brésil 3 à 2 nous plonge dans l’atmosphère d’une mythique rencontre de la Coupe du Monde de 1982.

En 1982, la France a connu son match de légende : c’était contre l’Allemagne à Séville. Schumacher pas loin de décapiter Battiston. Les Bleus  mènent pourtant 3 à 1 à moins de vingt minutes de la fin. Puis l’équipe faiblit, prend peur, elle plie et rompt lors de la séance des penalties. Comme d’habitude, c’est l’Allemagne qui gagne à la fin… En finale, toutefois, c’est l’Italie qui l’emportera. Et si cet ultime match de la compétition n’a pas marqué les mémoires, celui remporté par les transalpins un peu plus tôt dans la compétition aux dépens du Brésil, l’aura fait bien davantage. En effet, le Brésil est alors le grandissime favori : une équipe de rêve avec les Socrates et autres Zico qui ont marqué l’histoire du football. En face, l’Italie n’est pas sans grade mais Paolo Rossi n’est pas encore Paolo Rossi et le quadragénaire gardien Dino Zoff ne rassure pas tout le monde avec son âge. D’ailleurs, dans la maison familiale de Palerme, beaucoup sont pessimistes. On a acheté la première télé couleurs pour l’occasion, et toute la famille est là : la Mama caressante qui passe sans cesse ses mains dans les cheveux de l’enfant, l’oncle fumeur invétéré de cigarettes Nazionale, le père taiseux qui lâche régulièrement des « oh non », etc. Davide Enia, qui avait huit ans à l’époque, plante son récit chez lui, à Palerme, et à partir de l’évocation de la scène familiale donne à revivre la dérisoire épopée du football dans ce qu’elle a de plus cocasse et de plus humain.

Un Pelé version populaire et malchanceux

Sur scène, Solal Bouloudnine porte le théâtre récit de l’auteur italien. Le texte est vivant, enlevé, fait s’entrecroiser la scène familiale, le match et quelques éléments d’importance dans l’histoire du football, comme la vie de Garrincha, ex-footballeur mythique du Brésil, un Pelé version populaire et malchanceux, qui, ayant contracté la polio quand il était jeune, s’est mis à boîter et à développer une technique de dribble chaloupé et insaisissable qui fit sa légende. Pour accompagner le comédien, le musicien Jean-Marc Montera, tout en résonances et en distorsions, seconde le récit sans jamais l’alourdir. Il est ici question de passion, de cette folie irraisonnée que peut déclencher le football, jusqu’à sa version tragique quand d’anciens joueurs du Dynamo Kiev refusent de perdre face à une équipe nazie. Solal Bouloudnine rend tout cela avec une fièvre maîtrisée, saute de rôle en rôle avec légèreté et réconcilie avec brio théâtre et football, qui chacun à leur manière, exercent l’art de rassembler.

Eric Demey

A propos de l'événement

Italie – Brésil 3 à 2
du Samedi 8 novembre 2014 au Mardi 18 novembre 2014
Manufacture
2 Rue des Écoles, 84000 Avignon, France

Les 12 et 13 au Théâtre La Piscine à Châtenay-Malabry, tél : 01 41 87 20 84.


Le 18 au Théâtre Roger Barat à Herblay, tél : 01 39 97 79 73.


Les 21, 22 et 23 en Loire-Atlantique avec Le Grand T, tél : 02 51 88 25 25.


Spectacle vu à la Manufacture à Avignon Off. Durée : 1h.


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