La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Marc Prin

Marc Prin - Critique sortie Théâtre
Légende : Marc Prin

Publié le 10 novembre 2010

L’irrésistible tragédie de la condition ouvrière

La verve aiguisée par la rage toujours à vif de déculotter les bonnes consciences et d’éveiller la combativité à coups de rire, Dario Fo pousse le réel dans sa folle logique et trousse un vaudeville politique terriblement hilarant : un grand industriel, Agnelli, est retrouvé défiguré après une tentative d’enlèvement et se voit confondu avec l’ouvrier qui l’a sauvé. Le metteur en scène Marc Prin s’empare de Klaxon, trompettes… et pétarades et mène la farce à train d’enfer.

La pièce est créée en 1981, alors que les années de plomb pèsent sur toute l’Italie, traumatisée par l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro, chef de la Démocratie Chrétienne, par les Brigades rouges. Quel est son écho aujourd’hui ?
Marc Prin : Dario Fo pressent l’avènement de l’omnipotence du pouvoir économico-financier sur la chose publique et le renoncement du politique, qui conduit notamment à la résignation collective face aux délocalisations et aux licenciements massifs justifiés par des restructurations. Il montre la colère des laissés pour-compte, qui éclate aujourd’hui en actes désespérés, comme l’attaque de la sous-préfecture de Compiègne par des ouvriers de Continental à Clairoix ou la séquestration d’un dirigeant de l’usine Molex à Villemur-sur-Tarn par des employés. Car la lutte des classes n’a pas disparu. Elle est moins frontale, moins portée par l’idéologie, mais reste une réalité. L’exploitation est plus sourde, car le capitalisme s’est transformé : le patron n’a plus de visage comme au temps de la gestion paternaliste. L’ouvrier ne sait plus contre qui, contre quoi, se retourner. Il est farci, au sens propre et au figuré, et de plus en plus abruti par le divertissement télévisuel.
 
« Dario Fo est subversif justement parce qu’il se sert de la farce, vecteur populaire. »
 
En quoi la satire selon Dario Fo est-elle hautement subversive ?
M. P. : C’est un génial affabulateur qui pioche autant chez Molière qu’Aristophane. Il pousse la tragédie du réel dans ses logiques jusqu’à l’absurde pour dévoiler le sinistre grotesque et la violence de ce que nous vivons au quotidien : domination cynique de l’argent, mainmise sur la justice, mépris de la pensée et de la culture… Il part de situations concrètes et met en branle la folie du pouvoir, les mécanismes sociaux qui les sous-tendent et qui broient les humains. Dario Fo est subversif justement parce qu’il se sert de la farce, vecteur populaire. Il en démonte les ressorts, y injecte une visée politique et les remonte en un vaudeville militant.
 
Comment emmenez-vous les acteurs dans cette farce ?
M. P. : Le théâtre de Dario Fo repose sur l’art de l’acteur. D’ailleurs, tout est joué à vue dans cette mise en scène. Il faut avant tout jouer les situations, tenir le rythme, proche parfois de la suffocation, sans se poser la question du sens politique. Il surgit de la mécanique théâtrale elle-même, quand elle mène le tragique au maximum de sa violence, de sa déraison.
 
Entretien réalisé par Gwénola David


Klaxon, trompettes… et pétarades, de Dario Fo, mise en scène de Marc Prin. Du 18 novembre au 18 décembre 2010, à 20h30, sauf dimanche à 15h30, relâche lundi. Théâtre Nanterre-Amandiers, 7 avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre. Rens. 01 46 14 70 00 et www.nanterre-amandiers.com. Navette assurée par le théâtre avant et après la représentation.

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