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Jazz / Musiques - Gros Plan

Maraina

Maraina - Critique sortie Jazz / Musiques
Crédit : DR Légende photo : Maraina, un opéra métissé et coloré relate l’aventure des premiers habitants de l’Ile de la Réunion.

Publié le 10 juin 2009

Un opéra du théâtre Vollard sur l’aventure des premiers réunionnais, un spectacle fluide, épuré et limpide, aux partition et dramaturgie parfaitement maîtrisées.

Une esthétique limpide et intemporelle, une fluidité élégante et précise, une richesse musicale foisonnante et expressive, qui mêle avec bonheur musique contemporaine occidentale et musique populaire de l’océan indien, voix lyriques et ethniques, instruments classiques et traditionnels. La qualité artistique de cet opéra donne à l’argument une densité intemporelle qui permet de laisser voir toute l’implacabilité de la tragédie qui broie les destins individuels, de mettre en lumière les âmes meurtries, en orchestrant une dramaturgie et une partition parfaitement maîtrisées qui évite pathos et folklore. La composition originale de Jean-Luc Trulès fait partie intégrante de la tension dramatique, au fils des changements de rythmes et des mélodies qui habitent le texte. La mise en scène d’Emmanuel Genvrin, qui signe aussi le livret, dépasse le cadre historique ou exotique, et parvient à rejoindre l’universel à travers le prisme d’une réalité singulière, ancrée dans une problématique coloniale et politique, évoquant notamment les tensions entre colons français et habitants malgaches à Fort Dauphin, l’essor de la Compagnie des Indes, l’entreprise de christianisation des Lazaristes, l’origine des premiers Réunionnais.

Père blanc ou père marron ?

Car cet opéra métissé et coloré relate l’aventure des premiers habitants de l’Ile de la Réunion qui s’appelait alors, en 1665, Mascarenne ou Mascareigne. L’expédition venue de Fort Dauphin à Madagascar compte en ses rangs une dizaine de personnes : le Français Louis, qui la dirige, et des Malgaches, le contremaître Jean, qui lui dispute l’amour de la très belle Marie-Maraina, “bâtarde“ élevée par les Lazaristes pour être l’épouse d’un blanc, et un groupe antanosy (peuple du sud malgache), rêvant d’émancipation dans cet Eden supposé. Sur fond de conflit amoureux, les Malgaches entrent bientôt en dissidence et les personnages se déchirent. Marie-Maraina est enceinte, ce qui complique les enjeux (père blanc ou père marron ?). L’arrivée d’une flotte française, commandée par Montaubon (interprété par Josselin Michalon, noir martiniquais), donne l’occasion à Louis de mettre en place une expédition punitive contre les fugitifs. En fond de scène, des lieux réunionnais, la mer mouvante et la plage de Saint-Paul, la cascade de Niagara à Sainte-Suzanne, auquel s’ajoute un palmier stylisé. L’espace épuré et quasi abstrait, tel un univers mental, laisse voir toute l’amplitude des conflits entre racines malgaches et colonisation blanche. Avec notamment la mezzo soprano Aurore Ugolin (Marie-Maraina), le baryton Steeve Heimanu Mai (Jean), la soprano Landy Andriamboavonjy (Ravelo, rivale de Maraina), le ténor Karim Bouzra (Louis). Une remarquable distribution, avec une mention spéciale aux deux rôles féminins, particulièrement convaincants. Bravo !  

Agnès Santi


Mariana, composition Jean-Luc Trulès, livret et mise en scène Emmanuel Genvrin, le chœur des Antanosy de six choristes malgaches, le chœur des colons de 32 choristes d’Ile-de-France et Madagascar, et l’Orchestre de l’Opéra de Massy, les 26 et 27 juin à 20h30 et le 28 à 16h au Théâtre Silvia Monfort, 106 rue Brancion, 75015 Paris. Tél : 01 56 08 33 88.

A propos de l'événement

opéra de la Réunion


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