La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Mal de pierres

Mal de pierres - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : DR Légende photo : Stéphanie Rongeot dans Mal de pierres.

Publié le 10 avril 2011 - N° 187

Stéphanie Rongeot s’empare avec une émouvante intensité du texte de Milena Agus qu’elle a choisi d’adapter à la scène, mais s’emberlificote dans une mise en scène pleine d’afféteries encombrantes.

Fine, souple, déliée, le timbre clair, la voix juste : Stéphanie Rongeot est une comédienne dont l’élégante distinction recouvre une ardeur de braise que l’on sent poindre dans chacun de ses gestes et regards. Elle excelle à évoquer le kaléidoscope mental de l’héroïne du roman de Milena Agus, et passe avec un aplomb stupéfiant d’une émotion à l’autre. La comédienne incarne la petite-fille de cette Sarde fantasque souffrant de lithiase et de neurasthénie romanesque. Revenue dans l’appartement de son aïeule défunte, la jeune femme raconte l’extraordinaire destin de cette femme habitée par un immense et dévorant désir d’amour, sublimé par l’écriture. L’histoire enchâsse les récits, celui de la petite-fille et celui de sa grand-mère ; Stéphanie Rongeot, sans quitter le rôle de la narratrice, parvient à évoquer, par son jeu, les douleurs et les joies de cette étonnante figure, sorte de Bovary sauvée par la littérature…
 
Une mise en scène superflue et vaine
 
Mariée par sa famille à un homme qu’elle n’aime pas et qui, en bon camarade, l’accepte comme épouse inconsommable, elle semble avoir renoncé à l’incandescence amoureuse jusqu’au voyage qui la conduit de Sardaigne sur le continent pour une cure. Installée dans cette station thermale où elle tâche de débarrasser ses reins des pierres qui les encombrent, elle rencontre « le rescapé » et découvre avec lui la passion qui manquait à sa vie. De retour sur son île, guérie par l’amour de cet homme et celui de l’écriture, elle a, de son mari, l’enfant qu’elle attendait depuis si longtemps, et une vie embellie par le souvenir et le récit de cette échappée belle. Maîtrisant avec talent les couleurs affectives des différentes stations de cette remontée du souvenir, Stéphanie Rongeot aurait pu se contenter de faire confiance à son jeu pour en marquer les étapes et la progression. Au lieu de cela, la mise en scène de Pascale Caemerbeke lui impose toute une quincaillerie d’accessoires qui entravent le récit davantage qu’ils ne l’explicitent. « Etre seule sur scène : je ne vois rien de plus effrayant. » dit la comédienne dans sa note d’intention. Dommage qu’elle ait besoin, pour se rassurer, d’éplucher des fruits, de plier des bâches, de grimper sur un escabeau, de changer de chaussures, d’ouvrir coffre et valise et de fouiller dans l’âtre de la cheminée pour en sortir d’improbables objets… Tous ces artificieux empêchements et ce remue-ménage inutile encombrent le déploiement de l’émotion au lieu de le servir. Le talent de Stéphanie Rongeot et la puissance romanesque du texte qu’elle a choisi auraient suffi à composer un spectacle fort et prenant.
 
Catherine Robert


Mal de pierres, d’après le roman de Milena Agus ; conception et jeu de Stéphanie Rongeot ; mise en scène de Pascale Caemerbeke. Du 9 mars au 9 avril 2011 ; en alternance une semaine sur deux. Mardi, jeudi et samedi à 21h ; mercredi et vendredi à 19h30. Théâtre de l’Est parisien, 159, avenue Gambetta, 75020 Paris. Réservations au 01 43 64 80 80. Renseignements sur www.theatre-estparisien.net Durée : 1h.

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